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Il est temps de réinventer la politique

Dans un premier temps, quelques éléments de réponse pour que chacun-e soit informé-e comme il convient des données du problème.

La CRDS, appendice de la CSG, a été inventée dans la foulée du plan Juppé par une ordonnance de janvier 1996 (la 96-50 de mémoire) et était censée permettre l’amortissement de la dette sociale accumulée, notamment sur le champ de l’assurance vieillesse, et singulièrement du fait de la crise économique de 1993 qui avait mené les comptes publics dans un gouffre que l’on croyait alors inatteignable à nouveau.

Au fil du temps, grâce à cet impôt à assiette très large (c’est même l’impôt bénéficiant de la plus large assiette de notre fiscalité) et à l’utilisation d’une partie de la CSG, la dette sociale s’amortit peu à peu.

La CADES (Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale) a même inscrit dans ses écritures (c’est-à-dire au passif de son bilan) la dette Covid, c’est-à-dire les pertes de recettes liées à la crise sanitaire qui ont affecté notamment l’assurance vieillesse (pertes de recettes essentiellement) et l’assurance maladie (surcroît de dépenses).

Ainsi, le bilan fin 2021 de la CADES présente un passif net de 115,2 Mds d’euros, corrigé durant l’année de 17,8 Mds d’euros dans le courant de l’année, passif que la Caisse pourra amortir jusqu’en 2034, année fixée par la loi Véran pour ce faire.

(Ne laissez pas Bruno Le Maire abuser l’opinion avec la « dette Covid »… Sa prise en charge est déjà prévue)

On notera ici que, depuis sa création, la CADES aura cantonné plus de 320 Mds d’euros pour en amortir donc 205,3 Mds avec des titres de long terme portant évidemment intérêt (source : www.cades.fr)

Ainsi, sur 19 Mds consacrés en 2021 à l’amortissement, 1,2 Md sont venus récompenser les investisseurs sous forme d’intérêts…

Les fonds de pension US ou le fonds de réserve norvégien peuvent remercier la France de sa contribution à la performance de leurs placements.

La politique d’emprunt de la CADES est multilatérale et concerne des devises fort différentes.

Ainsi, en 2021, où le mouvement d’emprunt a été particulièrement fort (reprise de la dette « Covid »), la Caisse a levé pour 21,1 Mds en euros, 19,5 Mds en dollars US, 1,5 Md en livres sterling et … 2 Mds en yuans chinois !

Un petit truc sur la MSA, puisqu’il a été judicieusement rappelé que la Sécurité Sociale Agricole a vu le jour au motif que les agriculteurs n’ont pas voulu, lors de la création du Régime général, adhérer à celui-ci.

Le temps aidant, le déséquilibre de la démographie agricole et la minoration du poids économique de l’agriculture dans la production ont conduit à une insuffisance de ressources du régime des exploitants comme de celui des salariés, couverts à la fois par le virement de recettes fiscales et le transfert des ressources d’autres régimes par « compensation ».

Il y eut même, un temps, un budget annexe des prestations sociales agricoles (BAPSA) qui, entre autres recettes, comportait le produit du fameux « 0,6 % » des anciens taux de TVA de 17,6 % et 18,6 %.

En 2020, sur 18,4 Mds d’euros de ressources, la MSA des exploitants a encaissé 2,5 Mds de cotisations sociales ( moins de 15 %), pour 4,5 Mds d’impôts et de taxes affectés et 9,8 Mds de compensation.

Autant dire que c’est la solidarité des régimes de salariés qui permet à la MSA de servir les prestations attendues par les exploitants agricoles et leurs familles…

Cette situation de « solidarité » entre régimes de Sécurité Sociale a d’ailleurs conduit à la disparition concrète du régime des indépendants (le RSI) dont les affiliés (ne le répétez pas trop fort) sont désormais pris en charge par …le régime général des salariés.

Ainsi, l’établissement installé au 264 de l’avenue Wilson à la Plaine Saint Denis, et qui couvrait de manière autonome les personnes suivantes (je cite)

 les artisans et commerçants

 les micro-entrepreneurs

 les professionnels libéraux

 certains dirigeants ou associés de société

 les conjoints de commerçants ou d’artisans ayant choisi le statut de conjoint collaborateur

 certaines professions comme les agents commerciaux, les exploitants d’auto-école, les chefs d’établissement d’enseignement privé, etc.

Est désormais « adossé «  au régime général, ce qui assure tout bonnement l’équilibre comptable du régime.

La « crise » du RSI provient de l’inscription massive des auto entrepreneurs, statut développé à la suite de l’adoption de la loi Lagarde Novelli, dite de modernisation de l’économie, en 2008.

En 2020, l’ex RSI comptait 3,4 millions d’affiliés dont 56 % d’autoentrepreneurs, soit plus ou moins 1,9 million.

Sur ce chiffre, plus de 700 000 ne déclaraient aucun chiffre d’affaires.

Ne répétez donc pas trop fort qu’à l’avenir, nos boulangers, épiciers ou quincailliers partiront en retraite grâce aux cotisations de leurs clients, apprentis ou salariés…

On peut évidemment reparler des questions de Sécurité Sociale mais parlons plutôt maintenant de ce que nous dit la discussion menée autour des observations d’Acrimed et des commentaires en découlant.

Décrypter et décoder ce que disent les media est une occupation qui peut demander un certain temps, occupation dont bon nombre de nos voisins se dispensent, tout simplement parce qu’ils ne lisent pas de quotidien payant et regardent assez peu les journaux télévisés.

Et ce, malgré les canaux dédiés à l’information en continu, dont il est évident qu’ils sont, d’expérience, les plus porteurs d’un corpus idéologique donné.

Mais même sur les chaînes du service public, où le traitement de l’information devrait être « objectif », il est des idées qui avancent à bas bruit et trouvent plus d’écho que d’autres.

Prenez la question du pouvoir d’achat, qui est apparue comme la première préoccupation des Français.

Eh bien, il y a une rubrique quasi régulière du journal de France 2 de mi – journée pour nous expliquer qu’améliorer notre pouvoir d’achat passe, de manière quasi exclusive, par la recherche des bonnes affaires, et des prix compétitifs.

Plus de pouvoir d’achat par une hausse du SMIC ?

Z’êtes sérieux ?

Ce qui me fait penser à la rubrique « deux points l’éco » sur France Info qui ne reçoit, de manière quasi exclusive, que des chefs d’entreprise qui, comme chacun le sait ici, sont seuls à se débattre dans la guerre économique…

On pourrait d’ailleurs évoquer ici le monde du travail et sa représentation sur et dans les media grand public et le fait que, bien souvent, on entend plus sûrement le discours patronal que celui de l’ouvrier.

Et on pourrait avoir curiosité de peser d’un côté les moult enquêtes et reportages sur les « pénuries de main d’œuvre » et de l’autre ceux consacrés au « halo de chômage » où se trouvent travailleurs précaires, chômeurs par intermittence ou intermittents au chômage, et autres privés d’emploi de longue durée.

Si j’en crois quelques données que j’ai pu consulter (notamment du côté de Pôle Emploi), les seconds sont six fois plus que les premiers…

Le même sens critique doit en fait habiter la réflexion individuelle et collective, quelque soit le sujet et les enjeux dialectiques qu’il ne manque pas de soulever.

J’avais ainsi écrit, dans le premier des textes de cette série, que soumettre le social à l’économie était en soi une approche discutable de la réalité mais cette appréhension porte d’abord et avant tout une approche dialectiquement contestable qui n’a rien de la vérité universelle.

Le Diable se cachant par exemple dans les détails, on peut s’interroger sur le fait que la politique de « préférence nationale » prônée par Marine Le Pen ne soit pas plus questionnée.

Pourquoi ?

Par exemple parce qu’il convient ici de tirer les conclusions d’un tel objet politique.

Priver, pendant cinq ans, les travailleurs étrangers et leurs familles de prestations sociales revient, dans les faits, à les mettre en situation de devoir accepter n’importe quel emploi à n’importe quel prix, c’est-à-dire d’introduire le dumping social à l’intérieur même du territoire national.

Avec des conséquences similaires aux délocalisations…

Mais ce n’est là qu’un exemple, parmi d’autres sujets de réflexion, qui pourraient autant concerner la santé publique, l’école ou le logement.

Résister à la pensée préfabriquée (n’est ce pas, Bernard Henri Lévy, qui titrait, la semaine dernière, son édito du Point « Il faut faire barrage à Mélenchon » ?) demande du temps et une démarche collective visant à renforcer l’esprit critique.

Penser ce que pense l’ancien nouveau philosophe quand le RN, certes sans espoir de décrocher une majorité parlementaire, dispose de 208 candidats au second tour de législatives où 128 de ceux-ci ont dépassé les 25 % de suffrages au premier tour est, à proprement parler, une preuve d’aveuglement au mieux, et au pire autre chose encore…

Il faut définir ensemble les voies et moyens d’une nouvelle éducation populaire et d’une culture alternative au gloubiboulga peu ragoûtant qui nous est trop souvent servi en guise de programme audiovisuel ou d’information.

Cela mérite pour le moins d’être tenté si nous cherchons à éviter la guerre du « tous contre tous » qui nous est proposée en perspective.

Débat politique : Ne pas faire l’économie du social

Les observations d’une association comme ACRIMED et l’avis de certain-e-s adhérent-e-s de la liste de diffusion méritent, pour le moins, que l’on produise un éclairage sur nombre des aspects soulevés par la question du traitement médiatique accordé aux programmes politiques des uns et des autres.

Et cela vaut d’ailleurs à la fois pour l’élection présidentielle (où ce débat a été assez nettement escamoté au profit de la controverse sur le « vote utile » destiné à éviter l’inévitable duel final) que pour les présentes élections législatives.

On pourrait d’ailleurs produire d’emblée une observation en montrant que les deux finalistes de la présidentielle se retrouvent en difficulté pour les législatives, l’un n’étant pas tout à fait sûr de disposer de la majorité parlementaire lui permettant d’appliquer son « programme » (si tant est qu’il y en eût un de clairement défini) et l’autre, malgré le renforcement de son score présidentiel comme celui de son mouvement aux législatives, se trouvant dans la plus parfaite incapacité de disposer d’une solution de rechange avec 208 candidats au second tour pour 570 sièges à pourvoir en duels ou triangulaires.

Alors, au point où nous en sommes, voici que rejaillit la « vieille lune » qui voudrait que la vision économique de la gauche conduirait le pays à la catastrophe financière, et qu’une telle perspective exigerait de laisser les commandes du pays aux « modernes « de la coalition macroniste « Ensemble ! » (Clémentine Autain aurait dû déposer le nom de son petit mouvement à l’INPI, il n’aurait pas été ainsi « piqué » par les partisans du Président de la République) ou à la droite.

Ainsi, le programme économique de Mélenchon serait coûteux, irréaliste, conduirait à l’explosion des déficits et de la dette, pouvant même mener la France à se trouver mise au ban de l’Europe, comme une sorte de Grèce des années 2020.

Sans la moindre équivoque, le programme de la NUPES, s’il n’est que le simple copié collé de « L’Avenir En commun », pose un certain nombre de problèmes et de questions qui peuvent d’ailleurs être résolues pour peu qu’on les prenne sous le bon angle.

Je pense notamment au problème de l’assujettissement des retraités à l’impôt sur le revenu comme à la CSG, ou encore aux limites de la progressivité de l’impôt comme de la CSG ou à la place de la fiscalité écologique dans le schéma d’une politique de gauche attachée à la préservation de la qualité de l’environnement.

Mais cela ne règle pas la question pour autant.

C’est qu’il s’agit de nous sortir, de manière définitive, de l’historique dichotomie entre le social, apanage de la gauche, et l’économie, point fort de la droite et de tout mouvement politique disposant de l’oreille des milieux d’affaires comme Renaissance.

Comme si social et économie étaient antinomiques et que l’un n’influait pas sur l’autre.

Confusément, d’ailleurs, le lien est établi par Macron lui-même puisque le Président de la République conditionne le social (notamment le financement futur des retraites) à la croissance économique…

Au motif que, sans activité ni croissance économiques, nous ne pourrions nous payer les garanties sociales existantes…

Ainsi, il faudrait travailler jusqu’à 65 ans pour trouver de quoi financer les retraites, notamment avec l’activité professionnelle des 60 – 65 ans.

Mais cette analyse semble oublier que, malgré le recul de l’âge de la retraite à 62 ans, un tiers seulement des 60 – 65 ans est encore en activité.

Et que la réforme promise par Macron semble surtout promettre un passage obligé par la case « chômage », probablement de longue durée, les fameux « seniors » étant abonnés à Pôle Emploi pour quasiment deux ans en moyenne.

Que le social retrouve l’économie est une évidence de longue date.

Soyons clairs : l’Histoire a largement prouvé que les conquêtes sociales et ouvrières ont profondément modifié autant la structure de nos économies que celle des emplois et des métiers.

Elles ne sauraient être considérées comme un simple greffon d’humanité ou d’humanisme dans une jungle économique impitoyable mais bel et bien comme un vecteur déterminant de l’activité.

Sans la Sécurité Sociale, aurions – nous autant d’emplois dans le secteur hospitalier ou dans le médico – social, au sens large ?

Aurions – nous, de même, un secteur du tourisme, facteur (soit dit en passant) d’équilibre de notre balance des paiements, développé comme celui que nous connaissons sans que le droit aux vacances ait été établi puis élargi à partir de 1936 ?

Je me permettrai ici d’oser dire que les médecins libéraux peuvent être quasiment considérés comme des fonctionnaires, eu égard au fait que c’est l’argent de la Sécurité Sociale qui assure le fonds de roulement de leurs cabinets respectifs…

Mais pour aller plus loin, il importe, me semble – t- il, de revenir sur l’une des réformes essentielles du premier quinquennat Macron, à savoir, dans le droit fil de la calamiteuse loi El Khomri du quinquennat Hollande, les ordonnances Pénicaud.

Le programme de la NUPES entend revenir sur le contenu de ces « réformes » qui, avec la réduction sensible du nombre des instances représentatives du personnel (notamment par la suppression des CHSCT), du nombre de leurs membres et de leurs compétences et moyens d’intervention, ont profondément réduit les effets économiques de ce qu’on appelle « le dialogue social ».

Même la CFDT, dont les dernières années ont montré qu’elle n’était pas dépourvue de réceptivité aux attentes gouvernementales sur certains sujets, commence à trouver l’affaire quelque peu saumâtre.

Ainsi, le rapport d’évaluation 2021 sur la loi Pénicaud indique notamment

L’élargissement et la concentration sur le CSE d’un champ très vaste de sujets à aborder ne crée pas mécaniquement une meilleure articulation des enjeux stratégiques, économiques et sociaux, et peut constituer un élément de fragilisation de l’engagement des élus (surcharge de travail de représentation, difficultés deconciliation avec l’activité professionnelle, parfois renforcées pendant la crise en raisonde la forte sollicitation des instances existantes, manque d’expertise sur l’ensemble des sujets, etc.).

Cela crée un besoin renforcé d’accompagnement que les élus, syndiqués et non-syndiqués, expriment de façon récurrente, ainsi que la crainte de difficultés de recrutement pour les prochaines élections et d’affaiblissement des instances.

(fin de citation)

Qu’on ne s’y trompe pas, cette situation était probablement le but recherché…

Et je ne parle pas ici de la réforme du statut de la Fonction Publique, auditée par Mc Kinsey et promue par Amélie de Montchalin, qui a copié les ordonnances Pénicaud en réduisant le rôle des Commissions Administratives et Comités Paritaires dans le dialogue social des trois versants du secteur public (Etat, hôpital et collectivités locales) et inscrit le recrutement intensif de contractuels comme solution au problème des vacances de postes…

Le seul problème dans l’ensemble de ces mesures, c’est qu’elles ont généré une course au « moins disant social », dont les accords portant sur des « ruptures conventionnelles collectives » ou nommés « accords de performance collective » (en général assortis d’une bonne dose de modération salariale et d’une remise en question des trente – cinq heures) sont une illustration éclairante.

Et on peut en mesurer les conséquences micro et macro – économiques, à savoir absence de création d’emplois et baisse de la masse salariale en valeur et en volume, donc de recettes pour la Sécurité Sociale et l’ensemble des éléments de la chaîne fiscalo – sociale.

Autant dire que ce que beaucoup de contempteurs du programme de la NUPES oublient (et peut être aussi les responsables, candidats ou militants de l’alliance), c’est que la réforme du droit social, dans son ensemble, est un facteur essentiel dans la réalisation des objectifs fixés.

La démocratie sociale, appuyée sur des instances représentatives du personnel aux pouvoirs et compétences renforcés, c’est l’instrument d’un plus juste partage de la valeur ajoutée, par les revalorisations salariales de branche comme d’entreprises, par le financement vertueux de la Sécurité Sociale et, par voie de conséquence l’outil indispensable de la réduction des déficits publics comme d’une réduction « vertueuse » de la dépense publique…

Signe qu’il faut aller plus loin dans le débat économique, justement.

Jean Luc Mélenchon met en cause, ces derniers jours, le camp macroniste sur la possible mise en place d’une « TVA sociale »…

Une sorte de vice caché du programme du Président qui ne voudrait pas avouer que les futures baisses de cotisations sociales accordées aux entreprises (singulièrement sur les retraites mais pas seulement) seraient ainsi « amorties ».

En toute amitié, Jean Luc, faut se réveiller !

Parce que c’est d’ores et déjà le cas.

En 2022, l’Etat va ainsi virer au compte de l’assurance maladie rien moins que 53,8 Mds d’euros de produit de la TVA, soit plus ou moins le quart de la taxe perçue.

En clair, 4,6 à 4,7 % du prix d’un pantalon, d’une voiture ou la prestation de services d’un teinturier sont, déjà, de la « TVA sociale ».

Et ce sont au total 75 Mds d’euros qui sont ainsi consacrés par l’ Etat à « alléger «  le coût du travail, en compensation des cotisations non perçues par la Sécurité Sociale.

Et pour quoi faire ?

En fait, en lieu et place d’une aide à la création d’emplois, mener une politique de financement de bas salaires, rivés sur le SMIC, ou à peine au – dessus et à peine au – dessous, une aide au travail à temps partiel imposé et un financement « consumérisé » de la précarité du travail qui fait porter sur le consommateur salarié ce qui rémunère parfois (avec la prime d’activité) le consommateur salarié plus pauvre que lui…

Et ceux qui donnent à la gauche, parfois, et à longueur de colonnes dans le Figaro, l’Express, les Echos, le Point et j’en passe, des leçons de gestion des comptes publics devraient réfléchir à une idée simple que je me permets d’exposer ci-dessous.

Tous les ans, et c’est inscrit en loi de finances, l’Etat emprunte 260 Mds d’euros sur les marchés financiers (avec des taux qui remontent depuis l’automne dernier).

Eh bien, il utilise, pour des motifs divers (compensation comme nous venons de le voir mais pas seulement), 200 Mds à « soutenir » les entreprises sans examen attentif de l’efficacité de ces « dépenses ».

Il y a peut – être du « grain à moudre »là – dedans.

Etat des lieux de début de législature

En attendant qu’un Gouvernement ne soit formé et puisse, éventuellement, commencer de travailler et proposer un certain nombre de mesures, la présente note tend à proposer une sorte de tour d’horizon de la situation du pays au seuil de cet été 2022.

QUELQUES ASPECTS DE DROIT…

Ne doivent pas être oubliés.

Ainsi, en l’absence éventuelle d’une équipe pourvue de la confiance de l’Assemblée, un certain nombre de sujets peuvent fort bien être appréhendés par la voie réglementaire.

Ainsi, la hausse du SMIC, celle des minima sociaux et même la fixation du taux de rémunération du Livret A (elle est d’ailleurs prévue le 1er août prochain, tout en ne respectant pas la formule de révision) peuvent fort bien être décidés sans que le moindre texte de loi ne soit adopté en l’état.

Ainsi l’article L 262 – 3 du code de l’action sociale et des familles, relatif au RSA, dispose (je cite)

Le montant forfaitaire mentionné à l’article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l’article L. 161-25 du code de la sécurité sociale.

(fin de citation)

Si, par contre, d’aventure, un Gouvernement entend « déconjugaliser » l’allocation adulte handicapé (un thème qui, au bout de cinq ans, semble partagé par la majorité des partis politiques représentés à l’Assemblée Nationale), il faudra passer par un texte de loi…

Dans un autre ordre d’idées, le plafonnement des frais bancaires pour chèque impayé tient aussi du champ réglementaire (article D 131 – 25 du code monétaire et financier).

Un même dispositif peut être mis en œuvre pour favoriser la modération de la progression des loyers de logement puisque l’article 18 de la loi 89 – 462 du 6 juillet 1989, toujours en vigueur, offre toujours la possibilité de mise en œuvre d’un encadrement des loyers comme on l’a vu sur Paris, Lille ou certains établissements de coopération intercommunale de banlieue (Plaine Commune ou Est Ensemble).

Ces dispositifs ont d’ailleurs été reconduits (par arrêté du 6 mai dernier pour Plaine Commune par exemple) et il semble nécessaire d’agir pour que soient couvertes les parties du territoire confrontées à la tension sur le « marché du logement ».

De manière plus générale, on ne peut cependant qu’appeler à l’ouverture d’un cycle de négociations salariales de branche (qui n’ont besoin d’aucun projet de loi) en partant de la situation de l’économie qui, en 2021, aura tout de même dégagé plus de 540 Mds d’euros d’excédents bruts d’exploitation et généré la distribution de 80 Mds d’euros entre dividendes des entreprises du CAC 40 et mise en place d’opérations de rachat/destruction d’achats.

Tout simplement parce que la hausse du pouvoir d’achat passe aussi par le « dialogue social ».

SITUATION DE L’EMPLOI

On peut légitimement se demander ce qui a pu conduire la population d’un pays proche du plein emploi (en tout cas, selon le discours officiel) à manifester ces deux derniers dimanches sa profonde insatisfaction.

C’est que la réalité a probablement été enjolivée.

Les données de Pôle Emploi évoquent, en effet, pour le premier trimestre 2022, la situation suivante

  • 2 962 800 chômeurs dits de catégorie A (à temps plein),
  • 740 600 chômeurs dits de catégorie B (c’est-à-dire travaillant mois d’un mi – temps par mois)
  • 1 540 800 chômeurs dits de catégorie C (c’est-à-dire à activité partielle supérieure au mi – temps.)

Le halo de chômage intègre donc, en qualité d’inscrits auprès des

Services de Pôle emploi, plus de cinq millions de personnes.

Ce nombre est en baisse sur le début du premier quinquennat Macron mais montre que nous sommes du « plein emploi ».

Sur les dernières années, entre le début 2018 et le début 2022, les mouvements d’entrée et de sortie constatés chez Pôle Emploi n’ont jamais été négatifs, les pertes d’emploi étant sans cesse excédentaires de 90 à 140 000 postes de travail par trimestre.

De ce point de vue, le mouvement des entrées et sorties de liste de Pôle Emploi est fort affecté par les radiations dites « administratives » et moins par les reprises effectives d’emploi, sous quelque forme que ce soit.

De janvier 2018 à mars 2022, le nombre de chômeurs radiés a atteint 649 000 situations (certains privés d’emploi pouvant figurer dans cette comptabilité à plusieurs reprises, évidemment), celui des cessations d’inscription s’est élevé à 3 508 100 personnes (même observation) et les reprises d’emploi effectives à 1 751 100 inscrits.

C’est-à-dire que la reprise d’emploi, même temporaire, ne couvre que 30 % des motifs de sortie du registre de Pôle Emploi.

Et, comme sur la période, le nombre de privés d’emploi n’a pas baissé de plus de 475 000 unités en catégorie A, cela laisse penser que la qualité des emplois proposés est assez discutable…

Notons également, de ce point de vue, que s’agissant des 15/24 ans déjà en activité professionnelle, un quart se trouve en situation d’alternance, de formation et d’apprentissage (26,7 % au total selon l’INSEE), et un cinquième en emploi précaire (21 % de CDD).

Sur l’ensemble de la population active, on compte 2 % de salariés en intérim, 2,9 % en alternance et formation, 7,7 % en CDD et 12,6 % en indépendants, le nombre de ceux-ci ayant connu une évolution sensible liée notamment aux emplois « ubérisés ».

On rappellera que, selon l’ACOSS, plus de 700 000 auto – entrepreneurs n’ont aucune activité réelle en termes de chiffre d’affaires.

Enfin, signe de ces temps de « stagflation », la création d’emplois privés marchands est en baisse au premier trimestre 2022 avec un total de 64 200 créations de postes.

Au lieu de 183 400 au premier trimestre 2021, par exemple.

SITUATION BUDGETAIRE

Si le dernier décompte de l’année en cours (situation fin avril 2022) est en apparence assez positif, puisque le déficit public s’est réduit à moins de 70 Mds d’euros en cumulé, les temps ne s’annoncent pas forcément très bons.

La majoration des recettes, singulièrement de TVA, est assez nettement due à la hausse des prix et l’amélioration du solde largement liée à la quasi – disparition des aides des plans d’urgence divers et au ralentissement des dépenses du plan de relance.

Pour le solde, la gestion des comptes publics et des crédits budgétaires a de plus en plus à voir avec une austérité assez banale et une mobilisation au coup par coup pour faire face aux exigences du temps, une sorte de gestion « au fil de l’eau » comme le montrent l’action sur le prix des carburants ou les tarifs de l’énergie.

Autre signe préoccupant : la remontée des taux d’intérêt de la dette avec un taux moyen des émissions de l’année 2022 de 0,67 % et un taux à dix ans atteignant désormais 2,25 %.

On est loin des taux négatifs connus durant tout le quinquennat 2017 – 2022 qui n’ont cependant pas empêché la dette négociable de croître et embellir de … 495 Mds d’euros environ.

Autre signe complexe : à la fin du mois d’avril 2022, le quart des émissions d’obligations de l’année (10 543 millions) a été réalisé sous forme d’obligations à taux variable, c’est-à-dire indexées sur l’inflation.

En avril 2021, seulement 742 millions d’obligations avaient été levées avec indexation.

Marché ou marketing ?

Décidément, « l’Ambition à gauche » prend de surprenants détours et, dans les faits, plutôt les chemins de traverse vers les plate – bandes occupées par les idées conservatrices…

Après avoir procédé à la privatisation d’une partie du service public des écoles, oublié de réagir à la mutation autoritaire des enseignants de l’école Pasteur, renoncé à la construction d’un nouveau conservatoire d’arts plastiques et appliqué au personnel communal, à la lettre, la loi
Mc Kinsey De Monchalin rayant d’un trait de plume les quelques conquis sociaux des agents soumis depuis dix ans au gel du point d’indice, ne v’là
t y pas que l’ineffable Mathieu Hanotin (dont on ne sait s’il maintient sa candidate aux législatives, en dépit de l’accord des forces de gauche) se préoccupe de l’aménagement du marché.

Le Marché de Saint Denis, ce cœur battant de la ville, trace encore bien vivante d’un passé ancien de foire médiévale qui occupait non seulement le centre – ville mais aussi une bonne partie de la Plaine Saint Denis, au cours de ce qu’on appelait il y a quelques siècles les foires du Lendit.

La voirie de notre ville en témoigne et la place du Caquet, la rue des Boucheries, celle de la Boulangerie, sans oublier l’école des Drapiers dans la Montjoie sont autant de traces de cette histoire.

C’est qu’au temps de Philippe Auguste ou de Louis IX (qui, malgré son antisémitisme virulent, est toujours appelé Saint Louis), l’abbaye de
Saint Denis est particulièrement riche et qu’elle tire grand profit de foires régulièrement tenues dans notre ville, à l’instar des foires de Champagne, qui se réunissaient notamment à Provins et à Troyes.

Autant dire que ce n’est pas d’hier que l’activité commerciale anime notre ville.

Pour ce qui concerne le marché de centre – ville, de très loin le plus important (celui de la Plaine, à proximité du terminus de la ligne 12, station Front Populaire, ne comptant qu’une dizaine d’étals le samedi matin, d’ailleurs présents sur le marché du Centre), nous sommes en présence d’un ensemble de 300 commerçants, dont le quart est abrité dans la halle principale réalisée en 1893 et rénovée en 2005, ce qui permet notamment de proposer un choix assez large de produits alimentaires frais de qualité à un tarif concurrentiel.

Comme chaque usager-e l’aura remarqué, les voies adjacentes et la place Jean Jaurès sont ouvertes à d’autres produits (habillement, chaussures, ustensiles de cuisine) et à l’alimentaire version fruits et légumes de manière générale.

La zone de chalandise du marché est évidemment son point fort puisqu’elle dépasse largement la seule ville de Saint Denis et même l’arrondissement, comme en témoigne la fréquentation des différentes lignes de tramway les vendredis et dimanches matins.

Je sais ainsi que des Parisiens viennent dans notre ville, ne serait – ce que parce que le prix de la coriandre fraîche y est probablement le plus faible de l’Ile de France.

Car là se situe tout de même l’avantage comparatif du marché de Saint Denis, à savoir le prix relativement modique d’une bonne part de ses produits, la halle proposant entre autres, au moment de la « remballe »
la livre de poisson à cinq euros sans parler du rôti de bœuf aux alentours des 15 euros.

La pratique du marché forain, maintenue avec une certaine vigueur par notre Marché de Saint Denis, est évidemment durement concurrencée par celle des grandes surfaces et souffre, notamment, de ne pas disposer d’une « habitude » de fréquentation parmi les plus jeunes.

Elle est aussi globalement en recul dans de nombreuses localités où les flux de relations sociales se sont peu à peu écartés des cœurs de ville.

J’ai ainsi vécu quelques temps dans une petite ville du Val d’Oise où existait (dans les années 60/70) un marché forain comptant crémier, boucher, poissonnier, vendeurs de fruits et légumes, quincaillier et parfois vendeur de chaussures ou d’habillement.

Une activité qui allait de pair avec la présence de plusieurs entreprises comptant plusieurs centaines de salarié-e-s, souvent des familles résidentes dans la localité.

Le marché forain n’empêchait pas l’existence d’une offre commerciale sédentaire (deux boulangers, deux bouchers, un traiteur, un coiffeur, fleuriste et trois épiceries, entre autres).

La réalisation d’une ZAC avec pavillons et supermarché pour cause d’équilibre financier de l’opération, couplée avec la réduction des effectifs dans la plupart des entreprises locales, a ravagé le commerce sédentaire et mis un terme à l’activité foraine, conclue par la transformation de l’espace dévolu en parcelle à lotir…

Cette situation ne concerne pas directement notre Marché, vu sa chalandise, mais il est évident que son éventuelle transformation procède d’une volonté politique affirmée de longue date par Mathieu Hanotin qui aura sans doute confondu (comme beaucoup) carte du Parti Socialiste avec passeport pour ambition personnelle…

Le rêve de Mathieu Hanotin, c’est le marché façon Marché Saint Germain de Paris, alliant l’excellence des produits avec pouvoir d’achat et capital culturel et social élevés.

C’est que l’ambition est vive, puisqu’il s’agit de faire de Saint Denis une ville olympique « visitable » pour le touriste amateur de sport de haut niveau et la capitale culturelle de l’Europe.

Alors évidemment, les vendeurs de fines herbes, les pâtisseries bradées en lots, le couscous à emporter et le hachoir à légumes universel et le balai éponge miracle, tout cela fait désordre…

Il faut que le marché ait du chic et que le client, au portefeuille débordant de cartes de crédit, puisse trouver le temps, après ses courses, de déguster un fond de tasse de café de grande origine au prix du paquet de Pur Arabica, de siroter un verre de rouge vendu au prix de la bouteille et de manger la photocopie d’une tranche de jambon cru d’origine indéfinie au prix du Kintoa.

Le problème, c’est que la gentryfication de Saint Denis n’est pas vraiment à l’ordre du jour, puisque notre ville comptait en 2019 66,6 % de contribuables non imposés à l’impôt sur le revenu.

Et que c’était pareil ailleurs : Stains (70,6 % de non imposables), Villetaneuse (70 %) ou La Courneuve (74,1 %).

Il semble même que, selon des indices concordants, les opérations de vente et d’accession à la propriété de logements se transforment en opérations d’investissement immobilier, les logements ainsi acquis générant autant de potentiels nouveaux demandeurs de logement, devenus locataires et, notamment, colocataires.

La Ville des Rois morts et du Peuple Vivant tient à garder son marché, faits de cris, de bruits, de blagues, de cabas plastiques à carreaux, de baratins de camelots et de militants politiques en mode conviction.

Elle ne veut ni de la chochotterie muséale déguisée en modernité, ni du bistrot « coup de fusil » travesti en tendance.

A gauche, rien de nouveau ?

Nous avons reçu ce texte d’un ami de banlieue Nord.

Cela fait quelques jours qu’à l’initiative de l’un de nos amis les plus chers, le débat s’est ouvert sur le petit événement politique que va constituer la « Primaire populaire ».

Promue à l’initiative de jeunes trentenaires par ailleurs eux mêmes engagés dans certains combats (singulièrement ici le dialogue inter religieux et la lutte contre le changement climatique), cette Primaire vise l’intention de départager, si l’on peut dire, les candidats et aspirants candidats de la présidentielle venus du flanc gauche de l’échiquier politique.

Une visite du site de l’initiative nous indique qu’à partir d’un socle commun reprenant des propositions de treize partis et mouvements de gauche et écologistes (je cite)

130.000 citoyens et citoyennes parrainant et proposent les personnalités qu’ils et elles veulent voir au vote de la Primaire Populaire.

Le 11 octobre, la Primaire Populaire présente les 5 hommes et les 5 femmes ayant reçu le plus de parrainages : Anna Agueb-Porterie, Clémentine Autain, Gaël Giraud, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Pierre Larrouturou, Charlotte Marchandise, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin et Christiane Taubira.

C’est parmi cette liste que figurent les personnalités présentées au vote final, du 27 au 30 janvier.

( fin de citation).

Ce simple rappel, faut il le dire, montre déjà une partie des limites de l’exercice puisqu’il s’agit, de fait, de se conformer aux contraintes mêmes du cadre institutionnel de notre pays.

Car c’est d’abord au regard de ce cadre que l’on peut interroger le processus de la Primaire populaire.

Le socle commun est certes une chose et mérite d’être regardé avec intérêt.

Sans préjuger de ce que je pourrais être amené à dire dessus, et bien que je ne sois pas du tout professeur de mathématiques, disons qu’il se rapproche plus du plus petit commun multiple que de la base d’un large rassemblement.

Mais revenons en au cadre institutionnel.

La Constitution a beau affirmer que (je cite de nouveau)

La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale (article premier)

(fin de citation)

Elle se trouve engoncée dans un cadre institutionnel qui a donné au Président de la République un rôle quasi monarchique, comme si nous n’avions pu, plus de deux cents ans après la Grande Révolution de 1789, réussi à nous débarrasser de la nécessité d’une figure tutélaire de représentation du pouvoir.

Et l’évolution des choses a d’ailleurs fait que cette orientation s’est renforcée avec le temps.

Les phases furent relativement distinctes sur la durée commençant avec le referendum conduisant à l’élection du Président de la République au suffrage universel et, dès le départ, la définition même de modalités peu ordinaires du scrutin.

Car le principe de ne retenir que deux candidats au second tour n’existe alors dans aucun autre scrutin où, sous des conditions diverses, les électeurs disposent d’un choix plus élargi…

La bipolarisation favorisée par l’élection présidentielle va commencer de durablement structurer la vie politique de notre pays, conduisant notamment la gauche, alors divisée fondamentalement entre trois forces politiques d’importance variable, à rechercher les voies et moyens d’une union politique, voire programmatique.

La France des années 60, c’est celle d’un Parti communiste disposant du soutien d’un électeur sur cinq ou sur quatre, selon les scrutins, et gestionnaire d’un certain nombre de villes plus ou moins importantes du pays, à commencer par ce que l’on appelait alors la « banlieue rouge » et qui recoupait, notamment, quasiment tout le territoire de Plaine Commune.

C’est aussi celle d’une SFIO à la recherche d’une forme de renouvellement, la rapprochant des jours heureux de 1936 où Léon Blum en avait fait la première force politique du pays, sujette aux soubresauts des aventures coloniales, conduisant à l’émiettement des forces militantes et aux scissions.

La SFIO, ne l’oublions pas, avait accepté l’arrivée de De Gaulle et Guy Mollet, entre autres, Ministre d’Etat, a apposé sa signature au bas du document constitutionnel originel.

Les socialistes avaient ainsi gagné à cette affaire de ne pas tout à fait disparaître de l’Assemblée Nationale, mais les pertes de certaines places fortes socialistes aux municipales de 1959 et la scission du PSU avaient consommé l’amorce du déclin du « mollettisme ».

A gauche, le PSU était devenu une petite force montante, tandis qu’une nébuleuse de mouvements, clubs et autres tentaient d’entretenir la flamme du « socialisme démocratique à la française ».

A commencer par le Club des Jacobins, le CERES ou encore la Convention des Institutions Républicaines, mouvement lancé par François Mitterrand et Charles Hernu (animateur du Club des Jacobins) pour oeuvrer à la réunion des différentes chapelles de tendance socialiste.

La gauche comportait également à l’époque une composante « radicale et radicale socialiste », bien loin de son aura de la IIIe République, mais qui tenait encore un certain nombre de positions électives importantes et présidait, en la personne de Gaston Monnerville, sénateur du Lot, aux affaires du Palais du Luxembourg.

Souvent opposé au gaullisme pur et dur, le Sénat était aussi un lieu de compromis entre radicaux (réunis dans le défunt groupe de la Gauche Démocratique) et centristes de diverses obédiences.

Dès la première élection présidentielle, faut – il le rappeler, se pose la question de la présence d’un seul candidat de gauche.

L’analyse, tant de la direction de la SFIO que de celle du PCF, est la suivante : l’aura historique du sortant ne laisse en effet a priori aucune chance à une gauche divisée de jouer le moindre rôle dans le scrutin.

D’aucuns sont même convaincus que «le Grand Charles » sera élu sans difficulté dès le premier tour, au bout d’une sorte de scrutin plébiscitaire.

C’est en vertu de ces principes qu’une sorte de modus vivendi est arrêté entre le Carrefour Châteaudun (siège du PCF) et la cité Malesherbes (siège de la SFIO) pour définir une forme de position commune s’arrêtant sur un candidat « commun » acceptable par les deux partis.

C’est donc un tiers candidat, ni PCF, ni SFIO, qui fut choisi pour faire affaire, et ce fut en l’espèce un certain François Mitterrand.

On sait que De Gaulle fut mis en ballottage avant d’être réélu avec 55 % des suffrages, chant du cygne d’un gaullisme intégral qui subira l’affront du referendum d’avril 1969, sorte de prolongement électoral du grand mouvement social du millésime précédent qui n’avait pas trouvé de traduction au fil des élections anticipées de juin, sans doute faute d’un minimum d’accord programmatique entre les forces de gauche.

Ceux et celles qui, comme moi, ont connu cette époque (et l’ont parfois étudié), se souviennent sans doute encore de la gauche divisée au printemps 69 entre plusieurs candidats, à savoir le communiste historique Jacques Duclos, le socialiste SFIO Gaston Defferre, alors Maire de Marseille depuis plus de quinze ans, le PSU Michel Rocard et un jeune candidat d’extrême gauche nommé Alain Krivine, résident de notre ville depuis un certain temps…

Une part non négligeable de l’électorat comme des responsables SFIO, nourris au lait de l’anticommunisme militant, n’a pas voté en faveur de Gaston Defferre, celui – ci étant tombé en effet à … 5,01 % des votes, soit exactement 3 023 voix au – dessus de la barre qui aurait conduit la SFIO à « bouillonner » l’ensemble des dépenses électorales de la campagne.

Ils ont préféré le vote Poher, en faveur du Président du Sénat, d’obédience centriste, élu en 1968 avec le soutien de la droite aux dépens de Monnerville.

Et faisaient d’une pierre deux coups en évitant de permettre au candidat communiste de se retrouver au second tour face à Pompidou.

Notons cependant qu’à la fois en 1968 comme au fil des premières années de la décennie 70, la droite au pouvoir a consenti un certain nombre de réformes diverses et loin d’être secondaires, nonobstant un cadre politique où le parti présidentiel disposait de la majorité absolue au Palais Bourbon.

Il suffit de penser aux textes relatifs aux universités, à l’apprentissage, à la lutte contre le racisme, à l’égalité entre les hommes et les femmes, à la formation professionnelle continue, sans parler des conquêtes sociales issues de mai 68 et traduites dans le code du travail, notamment.

L’aspiration à l’unité des forces de gauche a continué de se manifester, en particulier portée par un mouvement social où le paysage syndical avait été modifié en 1964 par la « déconfessionnalisation » de la CFTC, dont la majorité avait constitué la CFDT, tandis que le mouvement de mai 1968 avait conduit au renforcement massif des organisations.

Le courant socialiste avait continué sa « synthèse », conduisant, au gymnase Léo Lagrange d’Epinay sur Seine (ville devenue socialiste au printemps 71), au « Congrès de l’unité des socialistes ».

Je ne reviendrai pas ici sur la mésaventure de Guy Mollet découvrant au restaurant du Duc d’Enghien une table occupée par Mitterrand, Gaston Defferre, Pierre Mauroy et Jean Pierre Chevènement s’étant accordés sur la manière de prendre en mains le nouveau Parti.

Ainsi réuni, le PS deviendra acteur d’une alliance politique et programmatique avec le PCF, matérialisée en juin 1972, à environ neuf mois du renouvellement de l’Assemblée nationale élue en 1968, par la signature du programme commun de gouvernement de la gauche, comportant un certain nombre de mesures de caractère économique et social tout à fait audacieuses pour l’époque, à commencer par la nationalisation d’une grande partie de l’appareil productif mais aussi du secteur bancaire et financier.

Le scrutin de mars 1973 conduira au renforcement des groupes de l’opposition de gauche au sein de l’Assemblée nationale, la droite étant sauvée en partie par la réalité du découpage électoral, celui ci ayant tendance à la favoriser.

Ainsi, alors que la France connaissait de profondes mutations urbaines, la ville de Paris élisait rien moins que 31 députés pour un peu plus de 2,2 millions d’habitants et la Seine Saint Denis 9 pour 1,3 million.

La circonscription la plus peuplée de France, située dans les Bouches du Rhône, comptait alors environ 190 000 habitants, tandis qu’on avait deux députés en Lozère pour un département comptant au total moins de 75 000 habitants.

Sans parler, évidemment, des élus des archipels de Wallis et Futuna ou de Saint Pierre et Miquelon…

Au plan strictement politique, l’ensemble constitué autour du PS ( l’Union de la Gauche Socialiste et Démocratique) est arrivé légèrement devant le PCF, situation nouvelle au plan des rapports de forces internes à la gauche depuis la Libération.

Lors du scrutin anticipé de 1974, Mitterrand s’imposera a priori comme le candidat le plus à même d’être élu face aux candidats d’une droite divisée entre ses deux courants historiques.

On sait qu’il sera très près d’une élection au second tour, en dépassant les 49 % des votes, n’ayant à gauche que la concurrence des candidats d’extrême gauche, Alain Krivine et Arlette Laguiller, tandis que sera enregistrée la première candidature écologiste, avec René Dumont.

On connait la suite et notamment le scrutin de 1981 conduisant à la victoire de François Mitterrand au second tour d’une élection où s’exprimera la pluralité de la gauche, avec un candidat PS, un candidat PCF, une candidate PSU, un candidat radical de gauche et une candidate LO.

Sans oublier le candidat écologiste désormais habituel.

Un ensemble de facteurs convergents ont mené à la victoire le candidat du PS, et n’en retenir qu’un serait sans doute erroné.

Ce n’est pas seulement parce que certains réseaux chiraquiens ont opté pour le vote révolutionnaire au second tour (contre Giscard) que l’ancien Ministre de la Quatrième République a été élu…

D’autant que la victoire fut d’abord, dans le contexte de la France de 1981, celle de la jeunesse (Mitterrand obtenant plus de 60 % des votes chez les moins de 34 ans) et du monde du travail (les ouvriers et employés ont été, et de loin, les catégories socio professionnelles les plus massivement favorables au vote Mitterrand) face à la France des chefs d’entreprise, du commerce et des patrimoines familiaux jalousement préservés.

Autant dire que la gauche a gagné en 1981 parce qu’elle entretenait un lien particulier, renforcé au fil des luttes et des expériences des années 60 et 70, avec sa base sociale et économique, réunie par l’espérance de lendemains différents…

Dire qu’il conviendrait aujourd’hui, pour la gauche, de débattre, d’agir et de rassembler ce qui lui a permis de l’emporter jadis est une évidence.

Le problème, c’est que 1981 devint, malgré la bonne volonté des uns et des autres, la première expérience du fameux cycle « espérance – illusion – déception » qu’on a pu voir se reproduire entre 1988 et 1993, entre 1997 et 2002 et sans doute pendant le quinquennat de Hollande.

Pourquoi, n’est – ce pas, avoir dénoncé le « monde de la finance » comme principal ennemi, pour finir par mettre en place le crédit d’impôt compétitivité emploi et la loi El Khomri, revenant en bien des points sur les acquis des lois Auroux de 1981 (notamment la création des CHSCT) et même ceux de 1968 et des conquis sociaux obtenus sous des gestions de droite ?

La social – démocratie, en France comme en Europe, est en crise.

J’ai même l’impression que son projet (singulièrement sa dimension européenne) s’est si rudement fracassé à la réalité qu’elle a emporté l’écologie en bagage accompagné pour essayer elle – même de se ressourcer et de se reconstituer.

Si vous voulez mon point de vue, je considère les candidats retenus par l’équipe de la primaire populaire comme autant d’avatars divers de cette recherche de sens, non pas de la gauche au sens strict du mot, mais de la seule social – démocratie.

Cela vaut pour Yannick Jadot, largement gagné par ailleurs à une logique européenne et « internationale » qui fait presque de lui un candidat incongru d’une simple élection présidentielle, comme pour Jean Luc Mélenchon, ancien lambertiste converti au mitterrandisme au tournant des années 80.

Jean Luc Mélenchon dont une militante m’a fait cette réponse ce matin, lors même je lui faisais remarquer que revenir à la retraite à soixante ans était une bonne idée, mais que maintenir le principe des quarante annuités ne permettait pas de résoudre le problème pour les personnes entrant tardivement dans la vie active (notamment les étudiants) « bah, c’est quarante deux ans aujourd’hui. (Merci Hollande et Touraine), ce sera déjà cela de revenir à soixante ans. »

A ma seconde question : « et pourquoi pas 37,5 années ? », j’eus comme réponse « bah, on peut pas, tout de suite ».

Ainsi donc, la France dont le PIB, en 2022, malgré la récession de 2020, est autrement plus élevé qu’en 1981 (nous sommes passés d’un PIB par habitant inférieur à 10 000 euros à un PIB légèrement inférieur à 34 000 euros), ne serait pas ou plus en situation de financer des pensions et retraites liquidables à soixante ans sur la base de 37,5 années…

Il n’y a pas de honte à se dire ou être social – démocrate.

Historiquement, c’est même l’un des courants du socialisme français.

Quand bien même ses prises de position, à plusieurs reprises, ont posé problème aux catégories sociales dont il était censé porter les aspirations.

On peut ici évoquer 1914 et le ralliement à l’Union Sacrée (qui fut aussi le fait d’un certain nombre d’anarchistes engagés dans le mouvement syndical d’alors), comme on peut citer la « non intervention «  en Espagne en 1936, la ratification des accords de Munich en 1938, les aventures coloniales en Indochine et en Algérie et, plus près de nous, la guerre du Golfe en 1990, sans parler de la ratification des Traités européens et du reférendum constitutionnel de 2005.

La vie du courant social – démocrate en France est donc pleine de ces actes, de ces errements, de ces reniements que nous devons garder à l’esprit dès lors que nous interrogeons la situation actuelle.

On pourra d’ailleurs ici souligner que le PS a tenté, au tournant des années 2000, de tirer parti des limites mêmes de la Cinquième République.

Premier temps : le quinquennat avec le referendum du 24 septembre 2000 qui a réduit à cinq ans la durée du mandat présidentiel.

Sur un plan personnel, j’ai voté contre le quinquennat.

Parce que j’étais convaincu à l’époque (et je le suis toujours) que le recours au quinquennat était, a priori, le plus sûr moyen de permettre au même d’exercer le pouvoir pendant dix ans, c’est à dire pendant deux mandats consécutifs.

C’est à dire que l’élection présidentielle pouvait devenir, plus encore qu’elle ne l’était déjà, l’élection pivot des institutions.

Je rappellerai ici que le referendum en question vit la participation de 30 % du corps électoral et que près de deux millions d’électeurs ont voté blanc ou nul.

Le quinquennat a été adopté par un peu plus de 7,4 millions d’électeurs, soit moins d’un électeur sur cinq, alors.

En d’autres démocraties, quelque peu habituées au mode référendaire (la Suisse par exemple), le résultat n’aurait pas été validé…

La seconde phase des errements du PS d’alors, c’est le projet de loi sur l’inversion du calendrier électoral durant l’hiver 2001.

Sortant les règles à calcul, les promoteurs du quinquennat ont découvert qu’au printemps 2002, nous risquions d’avoir un calendrier électoral chargé, avec les élections législatives suivi d’une élection présidentielle, celle – ci portant en elle – même le risque d’une dissolution ultérieure de l’Assemblée, pour peu que le pensionnaire de l’Elysée n’ait pas la couleur politique de la majorité parlementaire.

Peu de gens s’en souviennent mais la droite parlementaire de l’époque, notamment au Sénat, s’est profondément opposée à l’inversion.

Au – delà des conjectures et des arguments plus ou moins fielleux alors sollicités, l’adoption de l’inversion a placé, de fait, les élections législatives sous « domination » de la présidentielle.

Le premier tour des législatives est devenu une forme de « confirmation «  du vote présidentiel.

C’est à dire que les candidats investis par le ou les partis soutenant le Président élu quelques semaines avant bénéficient d’un bonus électoral, en général matérialisé par la désaffection des électorats de leurs adversaires.

Parfois, alors, le second tour « corrige » légèrement le tir et permet d’éviter une Assemblée nationale par trop monocolore (comme on l’a vu en 2007 où les bafouillis de Jean Louis Borloo sur la TVA sociale en pleine soirée électorale ont fouetté la conscience d’un électorat de gauche matraqué par le succès de Sarkozy en mai).

Mais le mal est fait, et les seconds tours sont souvent des duels entre candidats du pouvoir et opposants trop différents pour constituer la moindre alternative.

Ce fut vrai en 2002 comme en 2007 (majorités de droite), en 2012 (majorité PS et apparentés), et, enfin en 2017 (majorité macroniste).

Pour ce millésime, et pour mesurer ce que signifie la démobilisation des électeurs battus de la présidentielle, comment ne pas comparer les 3 113 109 voix des candidats FI et PCF des législatives (les deux partis ayant soutenu le même candidat) et les 7 059 951 suffrages de Jean Luc Mélenchon lors du scrutin présidentiel. ?

C’est sans doute là l’un des éléments du succès des macronistes, ceux ci n’ayant, au demeurant, pas progressé en voix entre les deux scrutins.

Mais comme les candidats Républicains ont perdu la moitié des votes Fillon du premier tour de la présidentielle et que le RN en a également laissé quatre millions et demi, la route de la victoire était ouverte au rassemblement de « l’extrême centre ».

On ne peut que souligner que cette période quinquennale de fièvre électorale, d’abord présidentielle puis parlementaire, participe à « cadenasser « la vie politique du pays, les ressources du droit parlementaire étant suffisantes pour assurer à la majorité de l’Assemblée Nationale, soutenant le Président élu le droit d’avoir le dernier mot.

Quinquennat et inversion du calendrier auront donc conduit à « fermer le jeu », ne faisant d’ailleurs (il suffit pour s’en convaincre de regarder ce qu’il en est en matière de participation électorale) des autres consultations (régionales, départementales, municipales, sans parler des européennes) que des élections secondaires et confidentielles.

L’éloignement entre le « peuple » dans sa diversité et ses représentants politique n’a, de fait, cessé de s’accroître, la chose étant largement confirmée par le recrutement sociologique des membres des deux Assemblées.

J’ai à l’esprit, au moment où j’écris cela, la situation d’une amie à moi, devenue conseillère départementale dans son Département d’origine, et dont le statut de salarié(e), avec les contraintes que cela lui pose dans l’exercice du mandat électif tiré du suffrage populaire et universel, dépare dans un Conseil départemental empli de retraités, de dames patronnesses et de chefs d’entreprise plus ou moins en activité…

Car, à la réflexion, dans le concept de « Primaire populaire », il y a un mot qui appelle quelques développements.

Celui de « populaire ».

Pour aller vite, d’autant que plein de personnalités tout à fait admirables et sympathiques (Juliette Binoche, Charles Berling, Dominique Méda, Stanislas Nordey, Christophe Alevêque ou Jean Claude Gallotta) nous enjoignent d’y participer, qu’est – ce qu’est le « peuple » aujourd’hui et notamment le « peuple de gauche » ?

Pour escamoter le débat, d’une certaine manière, on pourrait reprendre la fameuse formule de Brecht qui disait « Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple ».

Et paraphraser en disant « Puisque le peuple ne vote pas pour la gauche, il faut dissoudre le peuple »…

Soyons un poil plus sérieux.

Puisque nous sommes, me semble t il, confrontés à une situation déroutante.

A écouter media publics et privés, ou ce formidable medium de la voie publique, les gens sont préoccupés par la hausse des prix, par leur pouvoir d’achat (que ne viennent ils pas tous et plus dans les coopératives sans marge ?), sur leurs retraites ou encore sur la santé…

Ces thématiques sont, le plus souvent, des « thématiques de gauche » qui semblent montrer, avec évidence, une distorsion entre le niveau des préoccupations « populaires » et leur traduction politique.

La course entre Valérie Pécresse, Marine Le Pen, Nicolas Dupont Aignan et Eric Zemmour sur le niveau de l’exonération fiscale de l’habitation principale des redevables de l’impôt sur la fortune immobilière n’est pas le sujet le plus en cours.

Il y a clairement une question sur la « consistance » de l’objet peuple.

Certains auront remarqué (je suis mauvaise langue) que les initiateurs de la primaire populaire ont la particularité de ne pas être tout à fait des « perdreaux de l’année » en matière d’engagement politique ou associatif, à commencer par Mathilde Imer (qui a fait partie de la Convention citoyenne pour le Climat) ou Samuel Grzybowski, sans parler des autres membres du bureau de la Primaire, souvent issus du petit monde de la start up Nation…

Le peuple, cela existe, effectivement et je vais même dire, contrairement à certains ouvrages définitifs sur cette thématique, que le « prolétariat » existe et qu’il importe de le sortir de la situation d’invisibilité où il est aujourd’hui entretenu tant par la presse, que par les media audiovisuels, sans parler de la création artistique dans ce pays qui, trop souvent, ne s’intéresse qu’aux petits soucis et petites intrigues de la petite bourgeoisie…

Nous en avons d’ailleurs l’illustration dans l’activité même de notre coopérative, projet d’origine novatrice et aventure passionnante par ailleurs, mais qui semble comme en crise (au sens premier du terme) parce qu’elle se cogne à l’invisible, au mur qui nous sépare d’une bonne partie de la population de notre ville.

Prenons un cas d’espèce.

Dans le prolétariat dionysien, figurent probablement une bonne partie des livreurs à vélo qui assurent de plus en plus, comme on dit, « la logistique du dernier kilomètre »…

On les évalue à 200 000 en France, entre ceux ayant du supporter la situation d’agents commerciaux de Deliveroo, Stuart (filiale de la Poste) ou Frichti et ceux ayant réussi à voir leur contrat requalifié en contrat salarié.

Si tel est le cas, cela signifie que nous en compterions entre 300 et 350 dans notre ville, au regard de sa population…

On se rend compte de la chose… il y aurait l’équivalent des adhérents de deux des coopératives de Saint Denis tentant de gagner sa vie en pédalant sur un vélo ou en le portant jusque dans une rame du RER pour réduire un peu le temps de parcours…

Le prolétariat ou la « classe ouvrière », cela existe.

Et cela recouvre par exemple nos livreurs à vélo, les vigiles et gardiens d’immeuble, ou de centres commerciaux, les démarcheurs téléphoniques des centres d’appel (ceux qui doivent désespérer de me vendre un contrat fibre optique), les ouvriers et surtout ouvrières nettoyeurs(euses) de nos bureaux et institutions, les manutentionnaires de chez Amazon payés au SMIC pour liquider les libraires de quartier, les sans papiers qui font la plonge dans les grands hôtels de luxe accueillant les requins de la finance, les sans papiers ramassant les poubelles à Paris, les sans papiers construisant les grands chantiers publics de France et d’ailleurs…

C’est aussi le petit monde des gérants mandataires de points Relay ou Sitis, les employées à temps partiel contraint de chez Franprix ou Auchan, les distributeurs de journaux gratuits et de prospectus, les mamans africaines vendeuses de manioc et de maïs, tous ceux qui peuplent nos cités, animent nos rues, que nous croisons peut – être sans avoir jamais fait attention réellement à leur situation.

Je dois dire ma surprise constante que de vérifier à quel point le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication ont constitué un support majeur à l’explosion du précariat, ces emplois produit de la parcellisation forcenée des tâches et de la course au moins disant.

Et le peuple, fût – il ou non de gauche, c’est aussi l’enseignant en école maternelle dévoué à sa tâche, c’est l’infirmière attentive à ses patients, le cheminot conduisant son train, le créateur victime de l’intermittence et de la raréfaction des financements désintéressés.

Pour peu que l’on croit à la justice sociale, aux valeurs fondatrices de la République (nous ne sommes ni en Belgique où l’on célèbre « Le Roi, le Droit, la Liberté «  ou aux USA puisque la laïcité nous dispense d’adopter « In God we trust »), que l’on préfère l’égalité des droits à l’incertitude des « chances », on se situe du côté de la défense et de l’approfondissement des statuts et garanties individuels et collectifs, facteurs d’émancipation.

Mais il faut aussi de l’écologie mentale, là – dedans.

Je suis profondément, de longue date et durablement de gauche, mais je n’ai jamais ressenti le sentiment de découragement que certains media essaient ces temps derniers d’instiller, préparant la voie à une abstention massive qui sera l’un des éléments surveillés des prochaines élections.

Et ne pas oublier quelques points historiques récents…

Ceux et celles qui ont des expériences militantes, syndicales ou politiques, ont-ils oublié que la réforme des retraites, interrompue du fait de la pandémie, avait commencé d’animer quelque peu les rues de nos villes et l’action des forces sociales durant les années 2018 et 2019, accompagnées notamment dans l’exercice par les agents et praticiens hospitaliers ?

Avant d’applaudir les « soignants » au printemps 2020, je me souviens qu’on les matraquait dès qu’ils manifestaient…

Le quinquennat de Macron, pour résumer, se sera de fait limité à une série de conflits sociaux plus ou moins sérieux (gilets jaunes entre autres) suivis ou précédés de la mise en œuvre d’états d’urgence, sécuritaire d’abord avant d’être sanitaire, permettant de tester la capacité de nos gouvernants à réduire les libertés publiques.

Quant aux réformes, concept particulièrement galvaudé, elles n’auront guère été au rendez vous.

En tout cas, pas celles qui nous auraient rendu la vie plus facile.

Alors, gardons à l’esprit les limites de l’exercice démocratique de la présidentielle, comme des législatives et ne perdons pas de vue que ces élections ne sont qu’un moment de la vie politique de notre pays.

Et qu’il n’est pas impossible que l’alternative ne trouve forme qu’au travers de luttes qui ne devraient pas trouver à monter, au fil des mesures impopulaires…