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LEGISLATIVES : LES URNES BOITES A SURPRISES

Les législatives 2022 ont été marquées par un certain nombre d’événements jusqu’ici inobservés.

Sans prétendre épuiser le sujet, cet article entend tracer quelques lignes directrices.

PARTICIPATION ET ABSTENTION DIFFERENTIELLE

Premier événement : une participation d’une faiblesse particulière, avec un taux d’abstention devenu majoritaire au premier tour avec 52,5 % du corps électoral de manière générale (51 % en métropole) et près de 54 % au second tour, avec augmentation du nombre des bulletins blancs et nuls.

Lors du premier tour, pour la seule Métropole, on comptait moins de 500 000 bulletins ainsi libellés et on dépasse le million et demi au second tour.

De ce point de vue, le scrutin de juin 2022 se situe dans la tendance observée depuis l’inversion du calendrier électoral, plaçant depuis 2002 le scrutin législatif quelques semaines après le scrutin présidentiel.

Lors des quatre premières éditions de cet « ordre des choses », les législatives avaient été marquées par une confirmation du scrutin présidentiel (au moins au premier tour), caractérisée par une désaffection des urnes de l’électorat des partis et mouvements battus lors du scrutin présidentiel.

Cette « abstention différentielle » n’a pas été observée de la même manière cette année et a conduit, entre autres causes, au résultat constaté.

On n’oubliera pas, cependant, que, pour la première fois, l’élection portait sur la « majorité » d’un Président réélu.

CONSEQUENCES PAR FORCES POLITIQUES

De fait, avec une situation de cette nature, on parvient à s’interroger sur les effets de l’abstention différentielle sur les résultats obtenus par chaque grande force politique.

De ce point de vue, c’est l’électorat présidentiel qui présente la meilleure mobilisation, avec 5 667 888 voix (calculs du Monde plus fiables que les chiffres ‘maquillés » par le Ministère de l’Intérieur) pour 9 391 090 voix pour Emmanuel Macron lors du premier tour de la présidentielle, soit un taux de 60,3 %

La gauche rassemblée dans la NUPES a mobilisé 5 772 653 votes, sur 10 229 105 suffrages obtenus par les quatre candidats qui ont participé à l’alliance, soit une mobilisation de 56,4 %.

Enfin, le Rassemblement National, avec 4 250 253 voix, a mobilisé 53 % des 7 934 520 électeurs de Marine Le Pen lors du scrutin présidentiel.

Cette performance des candidatures d’extrême droite est à rapprocher de celles réalisées dans le passé et notamment, depuis 2002 et la première qualification du parti pour le second tour de la présidentielle.

En 2007, aspiré par le vote Sarkozy, le vote Le Pen s’était fortement étiolé lors du scrutin législatif, avec un taux de mobilisation d’environ 30 % et un score national inférieur à 5 %.

En 2012, la mobilisation lepéniste était plus forte avec une mobilisation de 55 % des électeurs de la présidentielle en apparence.

En 2017, après la qualification de Marine Le Pen au second tour, la performance aux législatives fut moins pertinente avec seulement 39 % de mobilisation des électeurs du premier tour de la présidentielle.

La performance de 2022 est donc plutôt bonne, même si elle est plus faible que celle des deux autres « grands blocs » que sont la coalition Ensemble et la gauche rassemblée sous l’étiquette NUPES.

Il importe aussi de souligner que c’est la première fois que le RN dépasse les 15 % au scrutin législatif, ce qui offre moult possibilités de se retrouver au second tour.

Le résultat a conduit à la présence de 208 candidats du RN pour ce second tour, essentiellement dans des duels alors qu’en 1997, lors des dernières législatives déconnectées de la présidentielle, le parti avait engagé 130 candidats dont une partie importante dans des triangulaires souvent favorables à la gauche, in fine.

Pour le camp macroniste, la chute de la mobilisation est forte avec un taux de 60,3 % pour un taux de 84,6 % en 2017 qui avait favorisé les succès d’En Marche lors de l’attribution des sièges de député.

Cette chute du total de votes (plus de 3,5 millions de votes) en faveur des partis rassemblés sous l’étiquette « Ensemble » a conduit à la perte, dès le premier tour, d’une quarantaine de sièges acquis en 2017 !

L’exemple ultime en est fourni par une circonscription parisienne, comportant l’essentiel du 19e arrondissement, qui a élu au premier tour une députée de la France Insoumise, après avoir élu en 2017 un élu de la République En Marche.

La nouvelle députée, battue en 2017, a quasiment triplé le nombre de ses voix du scrutin précédent et réuni, le 12 juin, environ les deux tiers des votes des voix des quatre candidats des partis associés dans la NUPES lors de la présidentielle.

L’impétrant macroniste a perdu 5 900 votes sur le score de 2017 et, surtout, n’a pu rassembler que 58 % environ de l’électorat présidentiel d’Emmanuel Macron.

Cette abstention différentielle, dont la mesure concerne moins les autres forces politiques comme les Républicains ou Reconquête, est donc à appréhender au cas par cas pour mesurer certains des ressorts des résultats enregistrés lors du scrutin législatif.

La perspective, sur le terrain, du succès de telle ou telle candidature, s’agissant de cette question de l’abstention différentielle, nous rappelle que la performance des candidats d’Ensemble, de l’alliance de gauche ou du RN est une moyenne et qu’elle implique donc une distribution diverse selon les endroits et les enjeux.

Ainsi, Marine Le Pen, candidate de la présidentielle, a obtenu 29 691 voix dans la 11e circonscription du Pas de Calais, et Marine Le Pen, candidate à la députation, a recueilli 21 219 voix (soit 71,5 %) lors du scrutin législatif sur le même territoire.

A contrario, Le Pen candidate a réuni 4 992 votes dans la 8e circonscription du Val d’Oise, structurée autour de Sarcelles et Garges les Gonesse, et Véronique Mérienne, candidate RN, 1 998 suffrages au premier tour de la législative sur le même territoire.

Soit une mobilisation de 40 % environ…

Une telle situation, de manière générale, sous – tend les efforts accomplis par telle ou telle force politique dans le cadre de la campagne électorale et traduit, semble t – il, la réalité de son implantation et de la qualité (ou non) de son organisation.

Pour conclure sur ce chapitre, on relèvera que le scrutin législatif de juin a modifié la distribution des cartes à droite entre Les Républicains, Reconquête et Debout La France.

Lors du scrutin présidentiel, Eric Zemmour a obtenu 2 408 575 votes en Métropole, Valérie Pécresse 1 625 162 votes et Nicolas Dupont Aignan 698 083, soit un ensemble de 4 731 820 suffrages, inférieur au score de François Fillon lors du scrutin présidentiel et à peine supérieur au total des voix LR – divers droite et DLF des législatives 2017.

Lors du scrutin législatif, les Républicains ont réuni 2 313 348 voix en Métropole, Reconquête 944 017, les divers droite 468 555 et DLF 243 023 suffrages.

Soit un ensemble de 3 968 943 votes, se situant en dessous du total de la présidentielle et sujet, de fait, d’une forme de « réalignement » des forces au profit des Républicains, conséquence « naturelle » de leur implantation, même réduite.

Mais comme on atteint un taux de « mobilisation » de près de 84 % sur le scrutin présidentiel, il est aussi probable qu’une partie de l’électorat Le Pen du 10 avril soit revenue au bercail de la droite « classique » le 12 juin…

LA POSITION DU RN

Evidemment, la performance globale du Rassemblement National a beaucoup fait parler.

Même si ce qui a tant fait couler d’encre et parler les spécialistes médiatiques de notre vie politique se contente de représenter une progression, sur l’ensemble des circonscriptions, de 373 154 suffrages sur la meilleure performance électorale du FN/RN jusque – là, à savoir le scrutin anticipé de 1997.

Mais plus d’un million deux cent mille sur l’élection de 2017, provoquant le dépassement de deux « taquets » précis : d’une part, le seuil de 15 % des votes et, d’autre part, celui des quatre millions de votes.

C’est là qu’une progression qui ne semble qu’arithmétique devient en fait plus géométrique, en application de la loi des grands nombres.

Il faut donc revenir sur la « géographie » dessinée par les résultats de ce point de vue.

La boutique lepéniste a en effet produit cette année rien moins que 89 députés, et peut être même plus si on ajoute la réélection de l’épouse de Robert Ménard à Béziers, dans une Région déjà passablement occupée par le vote d’extrême droite.

La répartition des 89 députés RN est intéressante.

Elle se concentre d’abord et avant tout dans quatre régions.

D’une part, la région des Hauts de France, avec 20 élus (sur les 50 de la Région).

Le parti obtient des élus dans les cinq départements et enregistre également dans ce cadre son seul échec sur un siège sortant (la 3e circonscription du Pas de Calais).

Il est première force politique dans l’Aisne, dans l’Oise, la Somme, le Pas de Calais où il ajoute aux sièges de l’ex bassin houiller (à l’exception de la 3e, donc) un siège rural dans l’Arrageois et l’un des sièges de la Côte et dispose désormais de six élus dans le Nord dont, pour la première fois, un élu sur le territoire de Lille Métropole.

Deuxième région de force du RN ; la région Provence Alpes Côte d’Azur, où il domine largement dans le Var (avec 7 sièges sur 8), le Vaucluse (4 élus sur 5, seul le pays d’Apt lui échappant), et des positions fortes dans les Alpes Maritimes (3 élus sur 9), dans les Bouches du Rhône (6 élus sur 16, notamment dans l’ex bassin houiller de Provence, à Marignane, en Arles et à Aubagne) et, pour la première fois, un élu dans les Alpes de Haute Provence (1ere circonscription constituée autour de Digne).

A noter cependant que le RN, en cas de municipales, aurait été battu dans le secteur 7 de Marseille (13e et 14e arrondissements), tandis que la gauche aurait remporté cinq secteurs de la cité phocéenne sur huit.

C’est la région Occitanie qui fournit, ensuite, le troisième contingent d’élus pour le Rassemblement National.

La percée est sensible dans le Gard (4 élus sur 6 pour le RN), l’Hérault (2 élus, avec en sus, le siège de Béziers), mais surtout l’Aude, terre historique du socialisme français (3 élus sur 3) et les Pyrénées Orientales (4 élus sur 4).

Au-delà de cette percée dans l’ancien Languedoc Roussillon (13 élus sur 22 pour le RN), le RN a obtenu également un élu dans le Tarn et Garonne (2e), confirmant sa victoire municipale de Moissac ; un dans le Tarn (1ere), sur un territoire partagé entre Albi et Castres…

La cité cathare a cependant accordé une majorité de votes à la gauche lors de ces élections.

La quatrième région accordant une place particulière au RN est la région Grand Est.

Le parti marino lepéniste fait élire une députée dans la Marne, deux députés dans l’Aube, les deux sièges de la Haute Marne, un élu dans la Meuse (sur le siège de Verdun) et trois en Moselle, le long de l’ancien bassin houiller et ferrifère de Lorraine.

On notera que, malgré le niveau de déclin économique et démographique de ces territoires, le RN échoue à faire élire des députés dans les Ardennes ou le Nord de la Meurthe et Moselle.

Autre résultat posant question : l’incapacité du RN à obtenir le moindre élu en Alsace et dans les Vosges, alors que ces régions avaient constitué, dans les dernières décennies du XXe siècle, un des points forts du mouvement.

Dans les quatre régions ainsi décrites, le RN a donc obtenu un total de 65 élus, l’emportant donc dans 24 autres circonscriptions sur le reste du pays.

Il y a d’abord les ensembles où le parti lepéniste n’a pas d’élu, à savoir l’Outre – Mer (un seul candidat en Guadeloupe, battu au second tour dans la 3e), les Français de l’Etranger, la Corse, la Bretagne et les Pays de Loire.

Dans cette dernière région, bien qu’aucun candidat RN ne se soit qualifié avec plus de 25 % des voix, deux sièges sarthois (La Flèche et Sablé sur Sarthe) auraient pu lui échoir, ses candidats dépassant les 49 % au second tour.

On se retrouve ensuite avec 4 élus RN en Normandie, tous élus dans le seul département de l’Eure, comme une sorte de prolongement des scores élevés observés dans l’Oise voisine ou certaines communes du Vexin français.

On trouve aussi 5 élus en Bourgogne Franche Comté, allant par deux dans l’Yonne (les deux sièges de Sens, le plus au contact de la région Ile de France et d’Auxerre) et la Haute Saône qui fut pourtant, il y a peu, fief du PS qui y dominait le conseil général et disposait des deux sièges de sénateur.

Le tout complété par un siège dans le Doubs, sur le territoire du pays de Montbéliard et, dans le cadre précis, par un effondrement de la participation (duel RN/REM) sur le bassin d’emploi « Stellantis », sensible entre autres à Audincourt, Valentigney ou Sochaux.

En Région Auvergne Rhône Alpes, les succès du RN restent limités à 4 sièges.

Un siège sur le secteur du Nord Isère (dans la 6e circonscription, organisée autour de Bourgoin Jallieu, Charvieu Chavagneux ou encore le pays de Morestel et l’Ile Crémieu), un siège dans la Drôme (la 2e circonscription, autour de Montélimar, Pierrelatte, Livron et Loriol sur Drôme, Donzère, le tout sur un siège jadis représenté par Eric Besson), un siège dans l’Ain (la 4e, sur une partie de la Bresse) et un dans l’Allier (sur le bassin de Montluçon).

Pas d’élus, par contre, ni dans les deux Savoie, ni dans le Rhône ou la Loire, et moins encore dans le Puy de Dôme.

Le RN a également obtenu 6 élus en région Nouvelle Aquitaine, où il décroche les deux sièges du Médoc et du Blayais en Gironde, les sièges de Nérac/Marmande et Villeneuve sur Lot dans le Lot et Garonne, le siège de Bergerac en Dordogne (où la division à gauche a éliminé près de 40 % des électeurs au premier tour) et celui de Confolens en Charente (pour les mêmes raisons qu’à Bergerac).

Echec total dans l’ancien Limousin, par contre.

Dans la région Centre Val de Loire, le RN a décroché deux sièges dans le Loiret et, signe des hasards de la vie politique, récupéré pour son compte le siège solognot détenu jusqu’alors par Guillaume Peltier, porte – parole de Reconquête, le parti d’Eric Zemmour.

Et l’on termine le tour d’horizon avec les deux sièges arrachés en Ile de France, l’un en Seine et Marne, sur Meaux (6e) et l’autre en Essonne (2e), sur le siège défini autour d’Etampes.

Le premier est limitrophe de l’Aisne, très largement acquis au RN, et d’une partie du Val d’Oise où le RN a été présent, sans gagner toutefois, au second tour.

Le siège étampois est proche du Loiret qui a élu deux députés RN.

Cette forme de continuité territoriale offre, semble t il, l’une des explications au relatif succès des candidatures lepénistes.

Il conviendrait, de fait, de s’interroger sur la sociologie des territoires qui ont élu des députés lepénistes.

Parce que ce ne sont pas tous de vieux secteurs ouvriers vieillissants comme peuvent l’être les circonscriptions du Nord Pas de Calais, de la Haute Marne ou de la Haute Saône.

Nous verrons tout cela dans un prochain article.

Débat politique : Ne pas faire l’économie du social

Les observations d’une association comme ACRIMED et l’avis de certain-e-s adhérent-e-s de la liste de diffusion méritent, pour le moins, que l’on produise un éclairage sur nombre des aspects soulevés par la question du traitement médiatique accordé aux programmes politiques des uns et des autres.

Et cela vaut d’ailleurs à la fois pour l’élection présidentielle (où ce débat a été assez nettement escamoté au profit de la controverse sur le « vote utile » destiné à éviter l’inévitable duel final) que pour les présentes élections législatives.

On pourrait d’ailleurs produire d’emblée une observation en montrant que les deux finalistes de la présidentielle se retrouvent en difficulté pour les législatives, l’un n’étant pas tout à fait sûr de disposer de la majorité parlementaire lui permettant d’appliquer son « programme » (si tant est qu’il y en eût un de clairement défini) et l’autre, malgré le renforcement de son score présidentiel comme celui de son mouvement aux législatives, se trouvant dans la plus parfaite incapacité de disposer d’une solution de rechange avec 208 candidats au second tour pour 570 sièges à pourvoir en duels ou triangulaires.

Alors, au point où nous en sommes, voici que rejaillit la « vieille lune » qui voudrait que la vision économique de la gauche conduirait le pays à la catastrophe financière, et qu’une telle perspective exigerait de laisser les commandes du pays aux « modernes « de la coalition macroniste « Ensemble ! » (Clémentine Autain aurait dû déposer le nom de son petit mouvement à l’INPI, il n’aurait pas été ainsi « piqué » par les partisans du Président de la République) ou à la droite.

Ainsi, le programme économique de Mélenchon serait coûteux, irréaliste, conduirait à l’explosion des déficits et de la dette, pouvant même mener la France à se trouver mise au ban de l’Europe, comme une sorte de Grèce des années 2020.

Sans la moindre équivoque, le programme de la NUPES, s’il n’est que le simple copié collé de « L’Avenir En commun », pose un certain nombre de problèmes et de questions qui peuvent d’ailleurs être résolues pour peu qu’on les prenne sous le bon angle.

Je pense notamment au problème de l’assujettissement des retraités à l’impôt sur le revenu comme à la CSG, ou encore aux limites de la progressivité de l’impôt comme de la CSG ou à la place de la fiscalité écologique dans le schéma d’une politique de gauche attachée à la préservation de la qualité de l’environnement.

Mais cela ne règle pas la question pour autant.

C’est qu’il s’agit de nous sortir, de manière définitive, de l’historique dichotomie entre le social, apanage de la gauche, et l’économie, point fort de la droite et de tout mouvement politique disposant de l’oreille des milieux d’affaires comme Renaissance.

Comme si social et économie étaient antinomiques et que l’un n’influait pas sur l’autre.

Confusément, d’ailleurs, le lien est établi par Macron lui-même puisque le Président de la République conditionne le social (notamment le financement futur des retraites) à la croissance économique…

Au motif que, sans activité ni croissance économiques, nous ne pourrions nous payer les garanties sociales existantes…

Ainsi, il faudrait travailler jusqu’à 65 ans pour trouver de quoi financer les retraites, notamment avec l’activité professionnelle des 60 – 65 ans.

Mais cette analyse semble oublier que, malgré le recul de l’âge de la retraite à 62 ans, un tiers seulement des 60 – 65 ans est encore en activité.

Et que la réforme promise par Macron semble surtout promettre un passage obligé par la case « chômage », probablement de longue durée, les fameux « seniors » étant abonnés à Pôle Emploi pour quasiment deux ans en moyenne.

Que le social retrouve l’économie est une évidence de longue date.

Soyons clairs : l’Histoire a largement prouvé que les conquêtes sociales et ouvrières ont profondément modifié autant la structure de nos économies que celle des emplois et des métiers.

Elles ne sauraient être considérées comme un simple greffon d’humanité ou d’humanisme dans une jungle économique impitoyable mais bel et bien comme un vecteur déterminant de l’activité.

Sans la Sécurité Sociale, aurions – nous autant d’emplois dans le secteur hospitalier ou dans le médico – social, au sens large ?

Aurions – nous, de même, un secteur du tourisme, facteur (soit dit en passant) d’équilibre de notre balance des paiements, développé comme celui que nous connaissons sans que le droit aux vacances ait été établi puis élargi à partir de 1936 ?

Je me permettrai ici d’oser dire que les médecins libéraux peuvent être quasiment considérés comme des fonctionnaires, eu égard au fait que c’est l’argent de la Sécurité Sociale qui assure le fonds de roulement de leurs cabinets respectifs…

Mais pour aller plus loin, il importe, me semble – t- il, de revenir sur l’une des réformes essentielles du premier quinquennat Macron, à savoir, dans le droit fil de la calamiteuse loi El Khomri du quinquennat Hollande, les ordonnances Pénicaud.

Le programme de la NUPES entend revenir sur le contenu de ces « réformes » qui, avec la réduction sensible du nombre des instances représentatives du personnel (notamment par la suppression des CHSCT), du nombre de leurs membres et de leurs compétences et moyens d’intervention, ont profondément réduit les effets économiques de ce qu’on appelle « le dialogue social ».

Même la CFDT, dont les dernières années ont montré qu’elle n’était pas dépourvue de réceptivité aux attentes gouvernementales sur certains sujets, commence à trouver l’affaire quelque peu saumâtre.

Ainsi, le rapport d’évaluation 2021 sur la loi Pénicaud indique notamment

L’élargissement et la concentration sur le CSE d’un champ très vaste de sujets à aborder ne crée pas mécaniquement une meilleure articulation des enjeux stratégiques, économiques et sociaux, et peut constituer un élément de fragilisation de l’engagement des élus (surcharge de travail de représentation, difficultés deconciliation avec l’activité professionnelle, parfois renforcées pendant la crise en raisonde la forte sollicitation des instances existantes, manque d’expertise sur l’ensemble des sujets, etc.).

Cela crée un besoin renforcé d’accompagnement que les élus, syndiqués et non-syndiqués, expriment de façon récurrente, ainsi que la crainte de difficultés de recrutement pour les prochaines élections et d’affaiblissement des instances.

(fin de citation)

Qu’on ne s’y trompe pas, cette situation était probablement le but recherché…

Et je ne parle pas ici de la réforme du statut de la Fonction Publique, auditée par Mc Kinsey et promue par Amélie de Montchalin, qui a copié les ordonnances Pénicaud en réduisant le rôle des Commissions Administratives et Comités Paritaires dans le dialogue social des trois versants du secteur public (Etat, hôpital et collectivités locales) et inscrit le recrutement intensif de contractuels comme solution au problème des vacances de postes…

Le seul problème dans l’ensemble de ces mesures, c’est qu’elles ont généré une course au « moins disant social », dont les accords portant sur des « ruptures conventionnelles collectives » ou nommés « accords de performance collective » (en général assortis d’une bonne dose de modération salariale et d’une remise en question des trente – cinq heures) sont une illustration éclairante.

Et on peut en mesurer les conséquences micro et macro – économiques, à savoir absence de création d’emplois et baisse de la masse salariale en valeur et en volume, donc de recettes pour la Sécurité Sociale et l’ensemble des éléments de la chaîne fiscalo – sociale.

Autant dire que ce que beaucoup de contempteurs du programme de la NUPES oublient (et peut être aussi les responsables, candidats ou militants de l’alliance), c’est que la réforme du droit social, dans son ensemble, est un facteur essentiel dans la réalisation des objectifs fixés.

La démocratie sociale, appuyée sur des instances représentatives du personnel aux pouvoirs et compétences renforcés, c’est l’instrument d’un plus juste partage de la valeur ajoutée, par les revalorisations salariales de branche comme d’entreprises, par le financement vertueux de la Sécurité Sociale et, par voie de conséquence l’outil indispensable de la réduction des déficits publics comme d’une réduction « vertueuse » de la dépense publique…

Signe qu’il faut aller plus loin dans le débat économique, justement.

Jean Luc Mélenchon met en cause, ces derniers jours, le camp macroniste sur la possible mise en place d’une « TVA sociale »…

Une sorte de vice caché du programme du Président qui ne voudrait pas avouer que les futures baisses de cotisations sociales accordées aux entreprises (singulièrement sur les retraites mais pas seulement) seraient ainsi « amorties ».

En toute amitié, Jean Luc, faut se réveiller !

Parce que c’est d’ores et déjà le cas.

En 2022, l’Etat va ainsi virer au compte de l’assurance maladie rien moins que 53,8 Mds d’euros de produit de la TVA, soit plus ou moins le quart de la taxe perçue.

En clair, 4,6 à 4,7 % du prix d’un pantalon, d’une voiture ou la prestation de services d’un teinturier sont, déjà, de la « TVA sociale ».

Et ce sont au total 75 Mds d’euros qui sont ainsi consacrés par l’ Etat à « alléger «  le coût du travail, en compensation des cotisations non perçues par la Sécurité Sociale.

Et pour quoi faire ?

En fait, en lieu et place d’une aide à la création d’emplois, mener une politique de financement de bas salaires, rivés sur le SMIC, ou à peine au – dessus et à peine au – dessous, une aide au travail à temps partiel imposé et un financement « consumérisé » de la précarité du travail qui fait porter sur le consommateur salarié ce qui rémunère parfois (avec la prime d’activité) le consommateur salarié plus pauvre que lui…

Et ceux qui donnent à la gauche, parfois, et à longueur de colonnes dans le Figaro, l’Express, les Echos, le Point et j’en passe, des leçons de gestion des comptes publics devraient réfléchir à une idée simple que je me permets d’exposer ci-dessous.

Tous les ans, et c’est inscrit en loi de finances, l’Etat emprunte 260 Mds d’euros sur les marchés financiers (avec des taux qui remontent depuis l’automne dernier).

Eh bien, il utilise, pour des motifs divers (compensation comme nous venons de le voir mais pas seulement), 200 Mds à « soutenir » les entreprises sans examen attentif de l’efficacité de ces « dépenses ».

Il y a peut – être du « grain à moudre »là – dedans.