MUNICIPALES : UNE PHOTOGRAPHIE DE LA FRANCE INQUIETE

Grand rendez-vous citoyen avant le scrutin présidentiel de 2027, les élections municipales de cette année ont été l’occasion de nouvelles règles de fonctionnement de ce grand appareil démocratique.

Des changements ont été posés aux règles électorales, avec l’élection directe des maires de Paris, Marseille et Lyon au suffrage universel et l’abandon du panachage au bénéfice du scrutin de liste dans l’ensemble des communes.

La conséquence de ce changement a été immédiate : les deux tiers des communes ne comptaient qu’une seule liste en lice pour le scrutin, singulièrement dans les plus petites, et, par conséquent, la participation au scrutin a baissé jusqu’à 57 % du corps électoral.

Une situation qui ne peut pas manquer d’inquiéter, alors même que les Maires apparaissent encore comme les hommes et les femmes politiques les moins « discutables » aux yeux de leurs électrices et électeurs.

Cette désaffection du corps électoral peut cependant trouver une origine dans le processus de longue haleine qui, depuis la loi Joxe Baylet de 1992 et prolongé par les textes relatifs à la décentralisation comme des réformes successives des finances locales par le truchement des lois de finances, a progressivement privé de ressources les collectivités locales, tout en leur imposant des charges et responsabilités nouvelles, les laissant dans l’incapacité d’y répondre tout à fait.

La disparition de la taxe d’habitation, grosse affaire de la période écoulée depuis le dernier scrutin municipal, en constitue une bonne illustration.

Puisque l’impôt en question n’a pas vraiment disparu, la taxe foncière existant encore (ce qui fait payer la Taxe Habitation par les locataires) et un prélèvement sur la TVA, payée par tous les consommateurs, venant la compenser pour les collectivités.

UN REGARD SUR LES RESULTATS

Au-delà de ces considérations générales, les municipales se présentaient comme une occasion d’évaluer les rapports de forces  politiques un an avant une élection présidentielle pour l’heure loin de disposer d’un plateau de candidatures définitivement établi.

On remarquera d’entrée qu’avec 43 % d’abstention, le premier tour des municipales présente un paysage politique dont le premier parti est celui des électeurs et des électrices qui sont restés sur leur quant à soi et n’ont donc pas tranché la question du pouvoir local, nonobstant ceux qui ont voté au premier tour et se sont abstenus au second, et réciproquement.

Seconde limite du scrutin : celle posée par les définitions de listes par les préfectures, un grand nombre de listes ayant été classées « divers » sans plus de précision, lors même que la réitération de candidatures « politiques » de scrutins antérieurs pouvait laisser penser qu’une orientation politique pouvait être donnée ou accordée à telle ou telle liste.

Moyennant ces deux réserves, on suivra la totalisation du Ministère de l’Intérieur qui a placé les listes de gauche en tête avec  environ 9,5 millions de voix, devançant celles de la droite d’environ un million de suffrages, et laissant loin derrière les listes centristes de chapelles diverses, estimées aux alentours de 3,5 millions de suffrages, et plus encore les listes d’extrême droite et celles de la France Insoumise, qui ont rassemblé, sans être présentes sur l’ensemble du territoire, aux alentours d’un million de votes dans un cas comme dans l’autre.

Laissons ici à chaque parti ses communiqués de victoire plus ou moins justifiés (la droite lyonnaise se félicitant de gagner dans les 2e et 6e arrondissements de la ville procédant de ce point de vue de la plus parfaite manipulation, vu les traditions politiques de la capitale des Gaules) pour mettre en évidence la réalité des faits.

Si la gauche a conservé Paris, Lyon et Marseille, parfois avec des majorités renforcées, elle a connu des défaites cinglantes dans certaines villes historiquement acquises, notamment au Parti Socialiste, comme Clermont Ferrand, Brest, Liévin, sans parler des défaites de Limoges ou de Toulouse et celle de Cherbourg.

Il existe, à travers tout le pays, une longue liste de villes petites et moyennes, de cette France urbaine de la seconde moitié du siècle dernier qui ont été gagnées par les forces de droite et du centre et qui constituent l’armature et le réseau nécessaire pour la mise en œuvre d’une campagne présidentielle présentant quelques chances de succès.

Nous reviendrons dans d’autres articles sur certains aspects de ce renouvellement municipal qui ont été traités avec un peu trop de fracas, de notre point de vue, par les media de masse.