LE RN peut-il constituer un groupe au Sénat ?

APRES LES MUNICIPALES, LE RASSEMBLEMENT NATIONAL PEUT IL CONSTITUER UN GROUPE AU SENAT ?

Même si le score global des listes présentées par le Rassemblement National et ses alliés du parti d’Eric Ciotti se situent aux alentours de 8 % des voix dans les communes de plus de 3 500 habitants, celles ayant fait l’objet des efforts de classification du Ministère de l’Intérieur, l’une des questions venues en tête de chapitre, pour les politologues de tout poil et toute nature, a été de s’interroger sur la possibilité pour le parti lepéniste de constituer au Palais du Luxembourg un groupe conforme au règlement intérieur de la maison.

C’est à dire passer d’une présence anecdotique (trois élus non inscrits venus du Nord, du Pas de Calais et de Seine et Marne) à une activité plus évidente fondée sur la présence de dix parlementaires.

Les règles propres au Sénat qui se renouvelle par moitié tous les trois ans font que le scrutin de septembre prochain portera sur une série de départements allant de l’Ain à l’Indre, et du Bas Rhin au Territoire de Belfort, plus quelques collectivités d’Outre Mer.

On rappellera ici que le collège électoral du Sénat comprend les parlementaires, les conseillers régionaux, les conseillers départementaux et les délégués des conseils municipaux sous la forme de délégués de droit (tous les élus des communes de plus de 9 000 habitants) ou élus (une partie des membres des conseils municipaux élus lors d’un conseil municipal approprié et des délégués supplémentaires dans toutes les communes dépassant les 30 000 habitants par tranche de 800 habitants au dessus de ce chiffre;)

Ainsi le conseil municipal d’une commune de 35 000 habitants dispose de 39 délégués de droit et 6 délégués supplémentaires, à raison de la population de la commune au dernier recensement officiel.

Dans le contexte issu des élections municipales de ce mois de mars, le renforcement des positions électives de l’extrême droite dans les départements du Grand Est (Moselle), des Hauts de France (Pas de Calais) ou d’Occitanie (Pyrénées Orientales) n’aura pas d’effets cette année, les départements concernés étant compris dans la série renouvelable en 2029.

Cette année, il faudra suivre les départements suivants : Aisne ( du fait de l’influence du RN dans les zones rurales), Alpes Maritimes, Aude (où le RN a pris la mairie de Carcassonne), Bouches du Rhône, Gard, Tarn, Tarn et Garonne, Var et Vaucluse.

Soit un ensemble de 9 départements qui semble constituer une base pour l’atteinte de l’objectif fixé.

Quelques points de détail sur les possibilités réelles du mouvement.

Dans l’Aisne, malgré la perte de la mairie de Villers Cotterêts, le RN peut s’appuyer sur ses quatre députés pour tenter de gagner le soutien des très nombreux élus ruraux de ce département de près de 800 communes.

Dans les Alpes Maritimes, la conquête de la ville de Nice par Eric Ciotti, de celle de Cagnes sur Mer et de celle de Menton offre un fort potentiel à toute liste RN et alliés.

Le collège électoral du scrutin de 2020 comprenait un peu plus de 2 000 électeurs et avait élu cinq sénateurs de droite rattachés aux Républicains.

La seule délégation niçoise de cette année devrait comprendre environ 360 voix, là où la liste RN de 2020 avait obtenu 143 suffrages…

Au moins 120 votes semblent disponibles pour une telle liste cette année dans les communes les plus importantes du département.

Largement de quoi passer un élu.

Dans l’Aude, même si le RN a conquis la mairie de la préfecture, l’appareil socialiste du département semble encore assez puissant pour conserver, même affaibli, les deux mandats sénatoriaux.

Dans les Bouches du Rhône, la progression du RN s’est manifestée par la victoire de ses listes sur Marignane, Tarascon et Rognac.

Mais c’est surtout son renforcement sur Marseille où les listes RN ont obtenu 34 élus au conseil municipal (360 environ avec les délégués complémentaires) qui devraient permettre de remplacer l’ex FN devenu zemmouriste Stéphane Ravier par un candidat RN.

Dans ce département, la droite parlementaire dite classique (LR entre autres) avec sa déroute marseillaise, a laissé en route plus de 300 suffrages sénatoriaux qui risquent fort de manquer au décompte final.

Le basculement à gauche de la ville de Nîmes, préfecture du Gard, s’est accompagné d’un renforcement du RN qui dirige désormais les communes gardoises de Beaucaire (réélection), Vauvert (prise au PS), Bagnols sur Cèze (prise aux centristes).

La perte, pour la droite, de Nîmes et de son agglomération, coûte d’office la faible majorité relative (de neuf voix) observée en 2020 et avait valu un second siège de sénateur à la liste Fournier.

La question de cette année est donc de savoir si le RN peut aller chercher un élu sur les trois du département ou si la gauche en obtient un second.

La tradition progressiste des Cévennes est en lutte depuis quelques temps avec celle, plus marquée à droite, de la vallée du Rhône.

Car de l’autre côté du fleuve, le Vaucluse est loin d’être insensible à l’influence de l’extrême droite qui gère aujourd’hui les villes d’Orange, Carpentras, Le Pontet, Aubignan, Bédarrides, Monteux, Morières les Avignon, Camaret sur Aigues notamment peut aller très au dessus du score de 2020.

Même réflexion pour le Var où si le parti a échoué à prendre la mairie de Toulon, il a fait main basse sur un certain nombre de villes importantes au décompte final, à commencer par La Seyne sur Mer et Fréjus, ou encore Six Fours les Plages.

Les listes RN ont été présentes dans la plupart des villes importantes (le RN est la seule opposition à la mairie de Toulon) et cela risque fort de lui permettre d’aller chercher l’un des quatre sièges de ce département penchant de plus en plus vers la droite.

Dans le Tarn et le Tarn et Garonne, nous verrons ce que donne la lutte entre le RN, qui a renforcé ses positions électives, et la classe politique locale, inspirée par le radicalisme de la Dépêche du Midi.