FRANCOIS BAYROU DEVRAIT PRENDRE DES VACANCES

AVIS AUX SÉRIEPHILES
F. BAYROU à entamer une reconversion de youtubeur
qu’il conviendrait d’appeler un enfumage médiatique.

En ce mois d’aôut caniculaire, alors que les Français tentent, coûte que coûte, de prendre un peu de vacances, le Premier Ministre a décidé de s’exercer à l’usage des réseaux sociaux en consacrant plusieurs enregistrements vidéo à la défense et illustration de la politique qu’il a l’intention de mener à partir de la rentrée prochaine.

Il s’agit, en fait, de mettre en œuvre un plan de redressement des comptes publics, comptes accablés par les déficits et, par voie de conséquence, de la dette …

Et le premier programme vidéo de notre premier Ministre s’est évidemment attaché à montrer que les limites étaient atteintes et que les 3 400 milliards d’euros de la dette publique, au sens européen du terme, ne pouvaient plus etre acceptés.

 On rappellera ici très vite que, pour éviter l’accroissement de la dette, il faudrait présenter un budget de l’Etat à l’équilibre, ce qui est parfaitement inenvisageable avant plusieurs années.

 Or, comme le budget 2026 devrait prévoir encore un déficit proche de 5 % du PIB, et donc des émissions de dette publique d’Etat pour 250 à 300 Mds d’euros, nous ne sommes pas au bout d’un processus qui peut nous amener aux alentours des 4 000 Mds d’euros vers 2030.

Et maintenant, il faut regarder cette fameuse dette pour voir ce à quoi elle ressemble.

Car, référence aux origines béarnaises de François Bayrou, la dette publique, c’est un peu une sorte de garbure, où tous les morceaux ne sont pas les mêmes.

Quatre éléments constituent la dette publique.

Le plus important, c’est la dette de l’Etat qui, bon an mal an, représente depuis plusieurs années plus de 80 % de l’ensemble du passif, le plus souvent libellé (pour neuf dixièmes de ce total) en titres de moyen et long terme.

Le discours culpabilisateur sur « la dette que nous ne pouvons pas laisser à nos enfants » est d’ailleurs une pure vue de l’esprit.

France Trésor, l’agence qui procède aux émissions pour le compte de l’Etat, a ainsi mis sur le marché un lot d’obligations arrivant à maturité en 2055, c’est à dire à peu près dans trente ans…

 Et ce, pas plus tard qu’au début du mois…

On notera aussi, pour le coup, que la durée moyenne de vie de la dette d’Etat est, pour l’heure, de 8 ans et environ 200 jours, ce qui nous amène évidemment à rappeler une des règles clé de la gestion de la dette.

C’est à dire que la dette est amortie par l’émission de nouveaux titres de dette.

 La dette de l’Etat, c’est une concession perpétuelle de la puissance publique aux marchés financiers…

Dans le budget de l’Etat, il est ainsi courant de constater que la moitié des émissions vise, dans les faits, à cet objectif.

Dans le budget 2025, sur 300 Mds d’euros d’émission de titres de moyen et long terme, 168,2 Mds sont inscrits pour « amortir » la dette existante.

Les deux chiffres augmentent année après année, notamment depuis la première élection du Président Macron.

En 2018, première loi de finances sous l’empire de la gestion Macron, le tableau d’équilibre des ressources (cela s’appelle ainsi et figure en fin de première partie de la loi de finances), 195 Mds d’euros étaient inscrits en émissions de titres de moyen et long terme, pour un peu plus de 115 Mds à amortir alors.

Heureux temps où les taux d’intérêt étaient proches de zéro et facilitaient d’ailleurs certaines opérations de court terme, fort pratiquées depuis 2017.

Sur les lois de finances votées depuis l’élection de Macron, ce sont rien moins que 1 975 Mds d’euros de dette publique de long terme qui ont été autorisés et les deux derniers budgets à venir du quinquennat vont nous emmener vers les 2 500 Mds d’euros.

Si l’on prend maintenant les chiffres réalisés, découlant des lois de règlement ou de fin de gestion budgétaire, les émissions ont atteint depuis 2017 : 1 915 Mds d’euros, pour porter les déficits et amortir : 1 042,3 Mds de dette existante, majorés de 24,9 Mds pour « indexation des titres sur l’inflation ».

Car, depuis le passage de DSK à Bercy, le Trésor Public propose aux marchés certains titres indexés sur l’inflation, pour garantir le pouvoir d’achat des créanciers de l’Etat…

On notera ici que les opérations d’émission se font en petit comité, au fil d’une courte bataille de clics réunissant d’un côté les agents de France Trésor et de l’autre, les employés des Spécialistes  en Valeurs du Trésor, c’est à dire des employés de banques sélectionnées jouissant de l’exclusivité pour acquérir les titres de dette publique.

Les quinze SVT agréés en France dont la BNP, la Société Générale, le Crédit Agricole, Natixis (France), la Deutsche Bank, la Commerzbank (RFA), Barclays, HSBC, RBS – Natwest (GB), Citigroup, Bank of America – Merrill Lynch, Morgan Stanley, JP Morgan Chase, Goldman Sachs (USA) et Nomura (Japon).

Ces SVT achètent donc les titres émis et les revendent ensuite sur le marché dit secondaire.

Les établissements concernés diffusent donc les titres de dette  auprès de leurs filiales, de leur clientèle, en les démembrant, le cas échéant, en instruments financiers divers et variés, notamment les titres d’assurance vie ou certains modules de placement de moyen long terme comme les plans épargne retraite ou autres produits à période de détention obligatoire.

Ce qui nous amène à constater que la moitié de la dette de l’Etat est en fait détenue par les Français eux mêmes, et fait partie, en quelque sorte, autant du passif de l’Etat que du patrimoine de ses habitants…

Plus justement, le premier détenteur de titres de la dette publique s’avère être la …Banque de France, qui dispose d’un volume représentant entre 20 et 25 % du total…

Cette situation est d’ailleurs une garantie pour éviter, autant que faire se peut, que le taux d’intérêt moyen de la dette qui a tout de même sensiblement augmenté ne dérive par trop.

Ceci dit, la progression du taux d’intérêt moyen, supérieur aujourd’hui à l’inflation, est évidemment non dénuée de conséquences sur le budget de l’Etat et s’avère particulièrement consommatrice des ressources dégagées par les économies attendues par Bayrou dans son plan d’austérité.

A ce point de la réflexion , rappelons ce qui constitue le reste de la dette publique, à commencer par la dette sociale qui a « consolidé » les déficits comptables annuels de la Sécurité Sociale et vise, par le biais de l’instrument financier essentiel que constitue la Caisse d’Amortissement de la Dette Sociales (CADES), à procéder à son extinction progressive.

Depuis janvier 1996, la dette sociale est réduite par affectation du produit de la contribution au remboursement de la dette sociale et, depuis peu, d’un morceau de la CSG.

Tant que le déficit social consolidé est limité aux alentours de 10 Mds d’euros, les 15 ou 20 Mds amortis chaque année par la conjonction CSG/CRDS réduisent peu à peu le passif.

Ce qui n’empêche que deux à trois milliards d’euros sont versés aux créanciers de la dette sociale sous forme d’intérêts.

Pour les collectivités locales, le droit budgétaire leur interdisant de disposer d’un déficit de fonctionnement, leur dette est représentative du financement par l’emprunt de leurs investissements en équipements publics destinés à la population.

Et elle s’avère le plus souvent largement amortie par les recettes fiscales ultérieures ou l’affectation des excédents de fonctionnement sur le compte d’investissement.

Enfin, pour environ 2 %, la dette publique provient des organismes divers d’administration centrale et s’avère couverte, pour l’essentiel, par des actifs placés en équivalence.

De fait, ce sont la dette de l’Etat et celle de la Sécurité Sociale qui motiveraient a priori des mesures spécifiques.